Loin : notre retour sur le premier roman d’Alexis Michalik

CultureLoin : notre retour sur le premier roman d'Alexis Michalik

L’on connaît mieux Alexis Michalik comme dramaturge talentueux, moins comme écrivain. Pourtant, il s’est essayé en 2021 à la littérature avec son premier roman Loin. Ce livre transposable au théâtre pourrait d’ailleurs un jour être joué sur scène tant il est empreint du théâtre d’Alexis Michalik. Au-delà de la dimension théâtrale, c’est également une injonction à la liberté et à l’aventure, loin des conventions métro/boulot/dodo. Souffle de fraîcheur, la rédaction vous recommande chaleureusement ce livre. Toujours en recherche d’un petit cadeau pour Noël ou un anniversaire, rendez-vous au plus vite dans une librairie. 

Loin

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Mise à jour le : 02/07/2022 7h32

Résumé de Loin d’Alexis Michalik

Le roman d’Alexis Michalik commence par une mise en abyme, puisque le narrateur Laurent est le meilleur ami du héros principal. C’est une sorte de double fictionnel d’Alexis Michalik en sa position d’aspirant journaliste qui manie les belles phrases et les lettres, et à qui l’on doit le récit qui va suivre. 

Il narre le parcours étonnant de son ami Antoine qui a une vie rangée et que rien ne prédestinait à l’aventure que va partager Laurent. Pourtant celui-ci part sur les traces de son père qu’il n’a que très peu connu après avoir reçu une carte postale avec quelques mots griffonnés dessus de sa part « Je pense à vous, je vous aime ». Envoyant valser compagne, carrière et bel appartement parisien, il part à l’aventure à travers une bonne partie de l’Europe et même plus loin que les frontières européennes au fur et à mesure des découvertes qu’il fait sur son père fantôme. 

Il est accompagné de sa sœur Anna et de Laurent son meilleur ami, ce qui ne rend pas le voyage des plus simples ayant un tempérament très opposé à celui de sa sœur. Pourtant, le joyeux trio va vibrer au même rythme et tirer des leçons de vie de cette aventure incroyable.

Le théâtre toujours présent et au cœur du roman 

Le théâtre d’Alexis Michalik a une griffe bien particulière. Il est toujours extrêmement rythmé et dynamique avec très peu de comédiens présents, mais qui jouent plusieurs rôles tout en faisant mouvoir les décors. Que ce soit Edmond, Le Porteur d’Histoires, Une Histoire d’Amour ou Le Cercle des Illusionnistes, on retrouve toujours cette marque de fabrique.

Bien que ça soit un livre, on sent cette dimension dans Loin. On l’imagine d’ailleurs aisément être adapté sur les planches d’un théâtre, et c’était probablement d’ailleurs un projet du réalisateur/écrivain lorsqu’il donnait vie à son histoire. Tous les ingrédients faisant le charme des œuvres d’Alexis Michalik sont présents. 

Il y a une profusion de personnages gravitant autour de notre trio principal, et l’on imagine facilement trois ou quatre acteurs endossant les différentes identités de chacun des personnages mentionnés. Par ailleurs, le livre nous tient en haleine et jamais ne s’interrompt. Les héros sont toujours catapultés dans des endroits du monde très différents reconstituant petit à petit les morceaux du puzzle par rapport à la vie de l’homme qu’ils essayent de cerner. Leur quotidien est ponctué par des rencontres, des accidents, des imprévus, des hostilités, etc. Le comique de situation est roi et l’on se projette naturellement dans une salle de théâtre obscure où l’on verrait les décors entamer un ballet à l’image de la mise en scène d’Alexis Michalik. 

La liberté : une valeur fondamentale au centre du livre d’Alexis Michalik

Un thème majeur du livre au-delà de la généalogie est la liberté. En effet, il est très vite mis en avant une opposition entre la vie conventionnelle d’Antoine et sa soif d’aventure qui le mènera d’ailleurs sur des chemins qu’il n’aurait jamais pris en temps normal. 

En effet, dès le début du livre Antoine doit choisir entre deux directions à prendre, dont l’une plus conventionnelle que l’autre. Il doit choisir entre un travail prestigieux qui lui est livré sur un plateau d’argent, une vie toute tracée auprès de sa compagne de longue date, ou bien partir à l’inconnu, loin de tous ses repères et de ses convictions. 

C’est finalement la deuxième direction qu’il empruntera et qui nourrira le roman. Il se livrera ainsi à des expériences que jamais il n’aurait fait dans sa vie antérieure, sous le regard moqueur et attendri de son ami Laurent et du regard convenu de sa sœur qui lui reproche justement d’être depuis trop longtemps conventionnel.

C’est bien l’opposition entre deux modes de vie qui est aussi sous le feu des projecteurs dans ce roman, et le fait que l’on peut se fourvoyer et prendre des chemins qui ne nous ressemblent pas.

Loin d’Alexis Michalik : Un roman d’apprentissage par excellence 

Ceci dit, Antoine finira par se métamorphoser à l’issue de Loin et par rejeter son ancienne vie. Loin peut ainsi être vu comme la métamorphose d’un homme dans la lignée des récits d’apprentissage. L’on suit le cheminement du héros qui se forge une conception différente de la vie par rapport à celle qu’il avait précédemment en faisant l’expérience de l’aventure. 

À ce titre, on peut le comparer un peu à La Papeterie Tsubaki ou à La République du Bonheur dont nous avons fait la critique il y a peu. Dans ces livres d’Ito Ogawa, l’héroïne Poppo, s’accomplit également et trouve l’apaisement vis-à-vis de son passé et de ses rapports houleux avec sa grand-mère en choisissant délibérément de mettre sa colère de côté pour mieux savourer le présent. 

En bonus : un extrait marquant du roman

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Mise à jour le : 02/07/2022 7h32

P 285 : “De catégories, on peut en discerner trois : les indigènes, les aventuriers et les touristes. Les indigènes, ou locaux, sont ceux qui vivent à l’endroit visité ou qui semblent y vivre. En général, ils passent un temps conséquent dans une seule ville, leur base soit pour le travail, soit pour le plaisir. […] Les touristes, en revanche, ne se mouillent pas. Ils restent attachés à leur guide, à leur hôtel. Ils n’ont pas le temps. Ils doivent faire un pays en quelques jours seulement. […] Ce qui, paradoxalement, est le but ultime de l’aventurier. Toujours en quête du frisson, insatisfait dès qu’il passe plus de trois jours au même endroit, allergique au confort, l’aventurier préfère le stop, la marche, la moto, le bateau.”

  • Alexis Michalik, Loin, éditions Albin Michel, avril 2020, 768 pages.
Jerome
Les thématiques Business, Finance et High Tech sont mes domaines de prédilection, mais je ne me cantonne pas qu’à ces sujets-là. Il m’arrive de rédiger des articles davantage voyage et loisirs.

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