Est-ce que le budget peut mal tourner pour Pedro Sanchez ?

Publié par Jerome le octobre 21, 2018 | Maj le octobre 21, 2018

En cette ère d’exaltation de l’individualisme, d’autodétermination, de rupture du multilatéralisme, il est très tentant d’enfreindre les règles, lesquelles ? Quoi qu’ils soient. C’est presque un acte d’affirmation de soi, une proclamation rebelle. La crise a donné l’impression à beaucoup de gens que le système les avait trahis. Ils ne feront probablement pas d’erreur. Ce qu’ils pourraient se tromper, c’est la solution : au lieu d’exiger des règles et des contrôles plus stricts, ils ont tendance à se méfier de la démocratie libérale pour se mettre entre les mains d’hommes forts ou visionnaires qui préconisent des solutions faciles. Comme enfreindre les règles.

Le Budget Espagnol problématique pour Bruxelle

Dans ces pays se trouve l’Italie. Il n’y a pas si longtemps, la Grèce était dans la même situation. Et l’Espagne ? Espagne, non. Le pari budgétaire du gouvernement de Pedro Sánchez ne place le pays dans aucune situation proche de celle de ces deux pays. Bien que le chef du PP, Pablo Casado, prévienne – jouant avec le feu quand un pays voisin comme l’Italie est en flammes – que la Commission européenne va renverser les budgets et que, si cela ne se produit pas, les comptes vont renverser le pays, l’alarme ne correspond pas à la réalité.

Sans évaluation de son contenu ou de son traitement, les budgets généraux pour 2019 ne mettent pas l’Espagne en danger vis-à-vis de l’UE. Premièrement, parce que l’Espagne joue selon les règles, contrairement à l’Italie. Tout cela malgré le fait que le gouvernement n’appliquera pas un effort structurel de 0,65 %, mais – dit-il – de 0,4 %, en profitant des clauses de flexibilité incluses dans la discipline budgétaire communautaire.

Toutefois, la CE ne dispose pas de chiffres clairs. “Nous ne pouvons exclure le risque d’un certain écart par rapport à l’effort requis”, déclare-t-il dans sa lettre. Normal. Les recettes prévues dans les budgets sont pour le moins ambitieuses. Mais même si les comptes d’aujourd’hui ne sont pas clairs, il n’y a pas beaucoup d’options pour la Commission européenne de les “faire tomber” : l’Espagne pourrait réduire son effort structurel à 0,15% cette année sans entrer en collision avec Bruxelles. Toutefois, cela ne laissera aucune marge pour l’année prochaine, lorsque je devrai appliquer 0,65 % oui ou oui.

La tentative de gonfler les recettes n’est pas nouvelle : le gouvernement de Mariano Rajoy y a toujours joué, se cachant derrière de bonnes recettes qui permettraient une meilleure croissance. Bruxelles avait l’habitude de pécher par excès de prudence lorsqu’il s’agissait d’expansion économique et a fini par se ranger du côté de l’Espagne. Mais pour le produit, pas tant que ça. L’Espagne n’a pas atteint ses prévisions en matière d’ajustement et de recettes et a dû demander quatre prorogations parce qu’elle n’avait pas atteint ses objectifs de déficit. Pourtant, il a échoué chaque année, sauf deux fois. En fait, elle s’est approchée d’une amende pour l’important écart cumulé – malgré la croissance de 3 % – en 2015, au milieu d’une année électorale. Si ce sont les budgets avec lesquels Sánchez va financer une “campagne électorale de deux ans”, comme le dénonce Casado, il a appris le jeu auprès de ses prédécesseurs.

Le risque, vu de Bruxelles, est que l’on fasse confiance à l’Espagne. Par exemple, se détendre cette année et ne pas pouvoir faire face l’année prochaine aux ajustements nécessaires pour cet effort de 0,65 %. C’est également en partie la faute de la Commission elle-même, pour avoir permis à l’exécutif précédent de jouer avec les règles plus tôt, lorsque l’Espagne a été épargnée des millions de dollars pour ne pas avoir respecté la discipline budgétaire – la fameuse “amende zéro” – en raison de la situation politique particulière et pour avoir tenu ses promesses quant au respect du calendrier.

Il est donc normal qu’il y ait de la nervosité, surtout sur les marchés. Que Bruxelles vous envoie une lettre vous demandant de dissiper tout doute, même si le gouvernement insiste pour le minimiser et dire qu’il ne s’agit que d’un dialogue “technique” ouvre une brèche dans l’incertitude. Cela ne veut pas dire que le budget va être rejeté, mais ce n’est pas non plus une tape dans le dos.

Il semble d’ailleurs que le gouvernement de Pedro Sánchez n’ait pas tiré les leçons des erreurs de communication passées : nier le plus grand ne fait qu’accroître l’inquiétude et la perte de confiance. Ce n’est pas bon signe qu’ils t’envoient une lettre demandant des explications budgétaires. Ce n’est même pas normal. Cinq lettres seulement ont laissé les bureaux de la Commission européenne à autant de capitales, remettant en cause une partie du contenu de leurs budgets.

Ce n’est pas “normal”, comme le dit Pedro Sánchez, mais cela devient “habituel” pour l’Espagne. Quoi qu’il en soit, elle peut obtenir le feu vert de l’UE. A cette fin, le Gouvernement doit réagir comme prévu, en réaffirmant son engagement à Bruxelles de réduire le déficit par des mesures telles que les décrets-lois adoptés ce vendredi, ainsi qu’en s’engageant à prendre de nouvelles initiatives si nécessaire. Mais, en outre, il devra être approuvé par le Congrès, sans modifications majeures. Et ce ne sera pas une tâche facile.

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