L’image de Sotheby’s, la célèbre maison de ventes aux enchères, qui a annoncé une perte nette de 7,1 millions de dollars pour le premier trimestre 2019, est désormais largement écornée par les scandales juridiques.

« En achetant cette maison de vente, il s’achète un pouvoir colossal sur le monde entier. Cela lui ouvrira des portes considérables, et lui permettra de se faire une incroyable collection », assure, dans les colonnes du Monde, « un des meilleurs connaisseurs du secteur ».

Patrick Drahi a racheté le 17 juin dernier l’incontournable maison de vente aux enchères américaine Sotheby’s, qui a réalisé une année record en 2018 avec 251,4 millions d’euros contre 234,4 pour Christie’s et 195,3 pour Artcurial. Il faut dire que la maison semble connaître depuis le début de l’année une mauvaise passe. Avec une perte nette de 7,1 millions de dollars pour le premier trimestre 2019, Sotheby’s est dans la tourmente et est, par ailleurs, accusée d’avoir aidé et encouragé le marchand d’art suisse – et président de Natural Le Coultre – Yves Bouvier dans ses manœuvres.

L’homme d’affaires, patron de l’AS Monaco et collectionneur russe Dmitri Rybolovlev accuse Yves Bouvier de l’avoir escroqué en s’octroyant des marges sur les œuvres d’art qu’il lui procurait. Ce dernier aurait surfacturé 38 œuvres d’art au Russe, ce qui lui aurait permis d’empocher pas loin de 1 milliard d’euros.

Une majoration de 53,62 %

Selon les avocats de Dmitri Rybolovlev, il s’agit tout simplement de la « plus grande fraude artistique de l’histoire » concernant la plus ancienne et la plus importante maison de vente aux enchères. « Sotheby’s savait, quand il proposait ces transactions, que Bouvier prévoyait de relever le prix facturé par rapport au vrai prix d’acquisition », affirme pour sa part le milliardaire russe.

Une affaire qui s’est révélée riche en rebondissements. Dernier en date : le tribunal de district de New York a débouté, en juin, le recours en annulation de Sotheby’s contre la plainte de l’homme d’affaires russe, qui réclame 380 millions de dollars à la maison de ventes américaine. Sotheby’s avait en effet demandé le rejet de la poursuite à New York arguant qu’une affaire similaire avait été ouverte devant la justice suisse. Mais le juge Jesse M. Furman a estimé qu’il n’existait pas « de circonstances justifiant un rejet » de la plainte.

La justice américaine a par ailleurs décidé de révéler la correspondance entre Yves Bouvier et le vice-président des ventes privées de Sotheby’s, Samuel Valette. Une correspondance qui évoquerait des transactions importantes négociées entre Bouvier et la maison de ventes aux enchères, y compris celle du Salvator Mundi, œuvre « attribuée » à Léonard de Vinci. Bouvier, qui a vendu le controversé tableau (son authenticité est contestée) à Rybolovlev pour 127,5 millions de dollars, n’aurait payé que 83 millions de dollars à Sotheby’s, ce qui indique une majoration de 53,62 % sur l’œuvre. Les documents révèlent également que Samuel Valette, vice-président des ventes privées chez Sotheby’s, aurait activement participé à la surévaluation du tableau.

Nouvelles pratiques ?

Une étonnante proximité entre Valette et Bouvier a donc été mise au jour. Alors que les deux hommes se vouvoieraient dans leurs échanges officiels, ils se tutoieraient dans leurs emails privés. Le marchand d’art disposerait en outre de la signature électronique du collaborateur de Sotheby’s sur une clé USB récupérée dans le cadre de l’enquête à Monaco.

Enfin, les documents déclassifiés constituent un camouflet pour Bouvier, confronté à des poursuites à Monaco, Singapour, Hong Kong, Berne et dans le canton de Genève. En Suisse, l’Administration fédérale des contributions (AFC) suspecte le marchand d’art de ne pas avoir déclaré des revenus entre 2005 et 2015, évitant de payer 81 millions de francs (suisses) d’impôts, au minimum.

« Si le Tribunal pénal fédéral lève les scellés, l’Administration fiscale fédérale pourra utiliser à son profit ces éléments du dossier pénal qu’Yves Bouvier a cherché à cacher. De même, le procureur chargé de cette affaire, Yves Berthossa, pourrait aussi être intéressé à consulter le dossier fiscal. Au-delà des déclarations d’Yves Bouvier, le puzzle se recompose petit à petit, cela a pris du temps », analyse un des défenseurs de Dmitri Rybolovlev.

L’affaire est loin d’être bouclée, mais l’image de la prestigieuse maison de ventes aux enchères Sotheby’s est déjà sérieusement écornée. Un changement radical des pratiques de la maison serait aujourd’hui souhaitable. En tout cas, ceux qui connaissent bien l’opaque monde de l’art le souhaitent.

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