Rick Astley, de mime drôle à mature intéressant.

Publié par Jerome le février 12, 2019 | Maj le février 12, 2019

Il y a trois ou quatre ans, personne ne prenait Rick Astley au sérieux. Maintenant, Astley lui-même est le premier à se prendre au minimum au sérieux. Au point de relancer sa trajectoire alors qu’on ne l’attendait plus nulle part – fêtes des années 80 en marge – et de s’ériger en élégant gentleman de l’âme blanche non exempt de sarcasme. Un homme de 52 ans, envié et bien conservé, qui aspire à la séduction sans stridence, à la caresse chaleureuse d’une voix douce et d’un répertoire très correct, sans surprise mais parfois ouvert à la surprise agréable. Seule la journée festive a empêché le plein, ce vendredi, dans un Palais Municipal des Congrès de Madrid si malade que les Britanniques ont dû suggérer aux 20 minutes que les stands ont fait usage de quelques fauteuils jusqu’à ce moment inutilisable.

Qui est Rick Astley ?

Astley était il y a 30 ans une idole mondiale parmi les jeunes filles et un plat trop indigeste pour les palais délicats, comme tout ce qui est passé entre les mains de ce triumvirat de producteurs excessifs, Stock, Aitken et Waterman. Aujourd’hui, il n’est peut-être pas nécessaire d’être aussi sévère : il suffit de prendre du recul pour comprendre que Together forever, le premier moment d’exaltation collective, a été frugal mais aussi sympathique. Presque autant que son propre interprète, un homme qui semble extrêmement à l’aise dans sa peau et qui plaisante à propos de tout : de “comment tout sonne sexy” en espagnol, “même un policier qui vous donne une amende”, à l’égarement auquel le public masculin est forcé chaque fois qu’il interprète Hold me dans vos bras. Les Madrilènes ont tiré au sort le moment avec confiance, pour mémoire.

Astley a plus de chance avec la génétique que les mortels ordinaires, ou peut-être qu’il a investi plus dans le rasage. Le fait est qu’il présente un bon type, un teint brillant et ses jeunes cheveux caractéristiques, juste cette référence corporelle dans laquelle tant de pairs ne peuvent que faire des ravages dévastateurs. Mais pour l’instant il ne se résigne pas à la nostalgie, mais profite de l’occasion pour exposer ses deux plus récentes créatures record, la notable 50 (2016) et la passable Beautiful life, de cette même année. Et c’est précisément ce thème central qui a ouvert la bouche, une chanson aussi euphorique que son titre et avec cette basse d’octave qui commande le canon du funk sans remilgos.

Parmi ce nouveau répertoire, Shivers et son bon rouleau de mandoline, la rencontre drôle (et contagieuse) entre Dieu et le diable en Dieu dit et, bien sûr, l’auréole évangélique qui illumine Keep singing, bélier batteur du numéro 1 inattendu au Royaume-Uni il y a deux saisons, s’est fait remarquer. Ces choses qui arrivent parfois quand, par humble honnêteté, on décide de persévérer un artiste qui semblait réduit à l’état de plaisanterie sous la forme d’un mime.

Eh bien, Rick Astley est maintenant passé de la plaisanterie numérique à un statut de maturité intéressant. Ce serait bien si son heureux moment présent était truffé d’une plus grande profondeur, d’un sujet qui apportait des égratignures où pour l’instant on ne remarque que douceur béatifique, sucre bien intentionné. Mais au moins il a fait preuve d’assez d’humour dans le rappel pour s’approcher d’un classique aussi éloigné de ses paramètres que ¡Highway to hell ! et le faire depuis la batterie, en souvenir de sa première profession musicale.

C’était le préambule de l’incontournable plat principal, Never gonna give you up, mère de toutes les discothéques de l’année 87 (et successives) et, à ce jour, essai au feu pour les batteries de certains mobiles qui avaient pris feu massivement. Tu ne peux pas aller voir Rick Astley, qui est comme un vieux copain de BUP, et partir sans un souvenir dans ta poche.

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