LA projection numérique au cinéma

Publié par emma le septembre 22, 2018 | Maj le octobre 6, 2018

A l’heure où de plus en plus de productions américaines sont tournées en numérique, la diffusion numérique n’avance qu’à petit pas en France. Notre beau pays reste cantonné à la bonne vielle pellicule 35mm pour la diffusion des films dans les salles de cinéma, là ou d’autres sont passés à la projection numérique, alors que l’on prédisait il y a déjà quelques années la mort de la pellicule. Hors, tournés en numérique ou pas, la plupart des films sont aujourd’hui post-produits en numérique, cela se traduisant par une numérisation de la pellicule (en HD, 2K ou 4K, le 4K étant la même résolution que la pellicule) suivi de toutes les opérations de montage, étalonnage, effets spéciaux, avant de revenir au support pellicule (étape appelée kinescopage). La logique voudrait donc que les salles de cinéma passent également au numérique, dans la même avancée majeure et incontournable qu’ont pris les industries et les producteurs de films.

Le numérique au cinéma de nos jours

Aux Etats-Unis, une grande partie du parc de salles est déjà en numérique, et 95% des salles devraient être équipées d’ici à 2010. En Europe, la France est en retard, là où l’Angleterre et les pays du Nord de l’Europe possèdent de nombreux multiplex équipés en projection numérique. La norme utilisée, le cas échéant, est le 2K, soit une résolution image de 2048×1080 pixels, contre 1920×1080 pixels de nos vidéos Haute Définition. Cette définition, qui peut paraître faible comparée à la résolution d’un négatif original de 4000 pixels, est cependant largement suffisante dans la plupart des cas, car la qualité de reproduction d’une copie numérique 2k est largement supérieure à celle d’une copie film comme on peut les trouver dans les salles de cinéma.

En effet, il n’existe en France qu’une poignée de salles numérique (il y en aurait 20 au total), dont l’une des plus connues reste la salle n°1 du Gaumont Aquaboulevard de Paris. Du coup, le nombre de films à disposer de copies numériques est restreint (comme les films Pixar ou les Star Wars), et la technologie confinée dans un placard. Pourtant, le numérique a beaucoup d’avantages :

  • – Une meilleure qualité d’image
  • – Une copie qui ne s’use pas
  • – Un meilleur contrôle de la piraterie
  • – Des délais de fabrication beaucoup plus rapides
  • – Des frais de distribution réduits

Les raisons de ce retard ? Elles sont multiples.

Tout d’abord, l’absence de norme unique et unanime a longtemps ralenti le processus d’adoption par les grands circuits de salles américaines et européennes. Beaucoup d’industriels (un peu comme pour les supports vidéo) ont proposé leurs solutions, ce qui a eu pour impact l’immobilisme du marché. Cependant, les plus grandes majors américaines se sont regroupées dès 2002 au sein du DCI (Digital Cinéma Initiative) pour faire avancer le sujet, sachant que la distribution des films en 35mm dans les salles de cinéma représente pour eux des coûts non négligeables. Le DCI a présenté en 2005 son cahier des charges définitif, qui définit tous les aspects qui vont du format de compression (JPEG2000) jusqu’au système de distribution.
Ils ont pour la plupart tous été ratifiés, mais l’homologation des normes pour une exploitation standardisée tarde à venir, surtout dans les différents territoires européens, où chaque gouvernement et représentant des industries du cinéma est libre de ses choix (comme en Allemagne). Il est en effet encore possible voire courant qu’un film encodé au format adéquat ne puisse pas être relu par un certain type de serveur de cinéma numérique…

Qu’attendre du cinéma nuémerique

A ce jour, il existe environ 160 000 salles de cinéma à travers le monde. Sur cet immense réseau, seule une infime minorité (moins de 1 % du parc mondial) est aujourd’hui équipée en projection numérique. Pourtant, la « qualité numérique » semble mettre tout le monde d’accord à commencer par le grand public. En effet, en dépit de ventes à la baisse et de la menace constante du piratage, l’immense succès du DVD ne se dément pas. Ce support révolutionnaire a mis moins de 5 ans à tuer la bonne vieille VHS. La mort de la télévision analogique est d’or et déjà annoncée en France pour 2012. Si les grandes enseignes veulent bien arrêter leur pitoyable guerre de support, le HD DVD et/ou Blue Ray pourrai(en)t bien débarquer en force dans les dvdthèques du grand public d’ici 2009 remplaçant le bon vieux DVD PAL encodé en 720 par 576 pixels. Quant à l’année 2006, elle restera dans les mémoires comme celle du véritable décollage de la TNT et de la vente des diffuseurs HD ready via une gamme de vidéo projecteurs, plasmas, LCD sans cesse plus performants et accessibles. Pendant ce temps, la photographie photochimique semble vivre ses dernières heures. Sur 5 millions d’appareils vendus en France en 2005, moins de 500 000 argentiques écoulés. Le constat est édifiant : rien ne semble résister à la vague numérique. Vinyles, VHS, cassettes audios, télévision analogique, photographie photochimique, tous ces supports ont été remplacés ou sont en passe d’être remplacés par des médias numériques plus pratiques et réputés plus performants.

Plus de 10 ans après l’arrivée du numérique (via le Laserdic) dans les salons des technophiles les plus convaincus, comment expliquer que la cabine de projection des cinémas modernes (lieu que l’on imagine volontiers à la pointe de la technologie) en soit encore à passer des bobines de pellicule à 24 images par seconde ? Le système d’exploitation sur support argentique serait-il plus performant et économique qu’une chaîne 100 % numérique ? Le D-cinema (Digital cinema) est-il encore handicapé par son manque d’expérience ? Les professionnels sont-ils réticents face au rendu des projections digitales ? La pellicule : un support irremplaçable dans les salles obscures ? Autant de questions que l’on peut se poser face à la situation actuelle et particulièrement en France où moins de 25 projecteurs numériques HD sont installés sur quelques 5300 salles.

Comment fonctionne le système d’exploitation argentique actuel ?

La production :

Bien que les tournages en HD se multiplient y compris pour les blockbusters (Star Wars, Superman returns, Miami vice…), le support pellicule 35 mm reste le format le plus utilisé par les réalisateurs. Si cette situation évoluera à moyen terme avec la baisse du prix des caméras HD, la pellicule reste un support extrêmement performant en terme de définition d’image et de rapport de contraste. Néanmoins, depuis le début des années 80 avec l’apparition d’Edit droid et Sound droid crées par George Lucas, le montage se fait sur vidéo numérique ce qui évite de manipuler à outrance (et de dégrader) les négatifs originaux. Quant à l’étalonnage photochimique, il devient de plus en plus rare et disparaîtra au profit de l’étalonnage numérique d’ici la fin de la décennie. Ce n’est qu’à l’ultime étape que la copie est re-transférée sur support photochimique soit sur des copies 35 mm tirées en laboratoire et acheminées vers les salles de cinéma du monde entier.

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