Notre Portrait de Nicolas Cage

Publié par emma le septembre 22, 2018 | Maj le octobre 6, 2018

Rares sont les acteurs ayant une carrière aussi éclectique que Nicolas Cage. Né à Long Beach le 7 Janvier 1964, Nicolas Kim Coppola est le fils d’Auguste Coppola, professeur de littérature comparative et frère de Francis Ford, et de la danseuse Joy Vogelsang. Il quitte à 12 ans sa Californie natale pour San Francisco.
Encouragé par son père, il suit des cours de Théâtre au lycée de Beverly Hills, qu’il quitte cependant à 17 ans pour tenter sa chance en temps que comédien dans Fast times at Ridgemont High. Mais sa performance étant en grande partie coupée au montage, le public ne le remarquera que plus tard la même année alors qu’il interprète un rockeur dans Valley Girl. Avant que son oncle Francis Ford Coppola le dirige dans Cotton club, Nick, estimant que son patronyme lui fera plus de mal que de bien, change en début de carrière son nom en Nicolas Cage en hommage au personnage de comic book Luke Cage.

L’acteur Nicolas Cage

Dès le début de sa carrière, Nicolas Cage figure déjà dans maintes œuvres de réalisateurs « auteurs », certains déjà reconnus et respectés, d’autres en devenir. Entre Cotton Club et Peggy Sue s’est mariée, toujours réalisé par son oncle, il jouera dans le Birdy d’Alan Parker (The Wall, Midnight Express) le rôle d’un vétéran du Vietnam qui tente d’aider son camarade (joué par l’excellent Matthew Modine), interné dans un asile psychiatrique à la suite d’un trauma de guerre. S’en suivent quelques comédies tantôt loufoques (telle que Arizona Junior des frères Coen où il interprète un délinquant multi-récidiviste poursuivi par un motard venu de l’enfer pour avoir été poussé à voler un bébé par sa femme fliquette et stérile) tantôt mignonettes et romantiques (comme l’Eclair de lune où Cher tombera sous le charme de son rôle de boulanger manchot).

La comédie est d’ailleurs un genre auquel Nicolas reviendra périodiquement, donnant souvent naissance à des œuvres légère fraîches et joyeusement divertissantes, même si parfois inégales. On retiendra par exemple Lune de miel à Las Vegas (1992) où il partage la vedette avec James Caan et Sarah Jessica Parker (Sex and the city) dans une histoire de quiproquo amoureux, Milliardaire malgré lui (1994) où il incarne un policier qui partage ses gains à la loterie avec une serveuse au détriment de sa femme, Amos et Andrew (1993) où il tient l’affiche avec Samuel L Jackson ou encore Un ange gardien pour Tess (1994) où il joue le rôle de garde du corps d’une ancienne première dame des Etats-Unis tête de mule et touchante interprétée par Shirley McLane.

Mais malgré ce penchant pour la comédie parfois décalée (en témoigne encore le récent Weather Man avec son atmosphère orageuse), c’est lorsqu’il est dirigé par des metteurs en scène de génie qu’il explose et laisse resplendir toute la grandeur de son talent. En effet, celui que David Lynch surnommera le « jazzman des acteurs » pousse de manière exacerbée l’identification à ses personnages, de façon à frôler le surjeu à chaque scène, tout en servant au mieux le ton et le propos des scripts hauts en couleurs. Dans Embrasse moi vampire (Vampire’s kiss en VO, 1989), il incarne un yuppie (cadres supérieurs des années 80 en quête de sensations fortes) dont la parano et l’isolement vont le pousser à croire (à tort ou à raison, la réalisation maintien l’ambiguïté pendant tout le métrage) qu’il s’est fait mordre par une vampire et se transforme progressivement en créature de la nuit.

Il faut le voir, chasser des chauves-souris imaginaires, traquer et terroriser sa secrétaire pour qui il à des sentiments contradictoires (l’aimer ou la dévorer ?) ou fuir le moindre rayon de soleil avec cette lueur de folie dans le regard que seuls arborent les grands malades. Il poussa le jeu jusqu’à avaler un cafard sur le tournage pour rester dans le personnage (« tous les muscles de mon corps me poussaient à ne pas le faire, mais je l’ai fait quand même » déclara-t-il ). Le film lui valu d’ailleurs d’être nommé pour le rôle aux Spirits Awards et de remporter le prix du meilleur acteur au festival international de Catalogne.

De même, on imagine mal un autre acteur apte à incarner le porteur de cette fameuse veste en peau de serpent du Sailor et Lula de David Lynch l’année suivante. Seul Nicolas Cage possède cette exubérance jubilatoire qui donne toutes ses couleurs à ce personnage de conte de fée moderne. Cette façon de jouer le poussant parfois à improviser plus que de raison a, à de multiples reprises, exaspéré ses partenaires. Mais pour Nick seule la performance compte, et parfois il faut faire don de sa personne.

Ainsi, il passa trois mois à écumer les bars de Dublin en préparation de son rôle pour le Leaving Las Vegas de Mike Figgis en 1995. Il y incarne un alcoolique qui a décidé de se finir à la bouteille dans la ville où l’espoir est aussi éphémère que la richesse. Un être que même l’amour d’une Elisabeth Shue déchirante ne pourra sauver. Cette interprétation lui valut de nombreuses récompenses dont l’Oscar du meilleur acteur et dans la même catégorie, la récompense du festival critique de Boston. On n’oubliera pas de citer de même l’incroyable Adaptation (Spike Jonz, 2002) où Nick joue le double rôle de Charlie Kauffman et de son jumeau « négatif », les deux frères étant en effet aux antipodes l’un de l’autre.

Par ailleurs Nicolas Cage s’essaye aussi avec succès au thriller et au polar. En témoignent l’excellent Red Rock West (John Dahl, 1992) où il incarne un texan au chômage sur qui la malchance s’acharne à coups de quiproquos et de meurtres dans une ambiance de film noir du meilleur effet, et le non moins intéressant Kiss of Death (Barbet Schroeder, 1995) dans lequel il tient le rôle d’une terreur mafieuse, brute épaisse terrifiante que compte bien faire tomber le personnage joué par David Caruso. Il reviendra d’ailleurs au genre plus tard avec le 8mm de Joel Schumacher.

C’est enfin en 1996, et après une carrière déjà parsemée de reconnaissances critiques, que Nicolas Cage gagne, et ce dans les grandes largeurs, celle du publique. Il enchaîne coup sur coup deux blockbusters produits par le duo Don Simpson et Jerry Bruckheimer, réputés pour générer les plus gros films d’action de l’époque (une réputation qui suit encore aujourd’hui le sieur Bruckheimer, et avec raison). Se succèdent ainsi The Rock réalisé par Michael Bay (Bad Boys 1 & 2, Tranformers), puis Les ailes de l’enfer de Simon West (Le déshonneur d’Elisabeth Campbell, Tomb raider), qui comptent parmi les films d’actions les plus jouissifs réalisé à ce jour.

Et comme si cela ne suffisait pas à notre bonheur, sort la même année le légendaire Volte/Face où les personnages interprétés par Nicolas Cage et John Travolta, non contents de se tirer dessus à longueur du métrage sous la direction d’un John Woo toujours virtuose (Une balle dans la tête, A toute épreuve, Chasse à l’homme), échangent leurs visages en cours de route. Un challenge relevé haut la main par les deux acteurs qui reproduisent à la perfection les mimiques et la diction des deux personnages, rendant ainsi le scénario d’une limpidité exemplaire.

C’est grâce à cette pléthore de films d’action à succès que Nicolas Cage devint enfin un des acteurs les plus banckables d’Hollywood. Mais cela n’empêcha pas le comédien de continuer à alterner films d’auteurs et gros budgets, et même de générer des projets alléchants parfois avortés, tel que le Superman de Tim Burton qui ne verra malheureusement jamais le jour, malgré le désir du comédien, fan de comics depuis toujours. Il continue de gagner une forte reconnaissance critique pour ses interprétations dans des films tels que A tombeau ouvert de Martin Scorsese, hommage vibrant à la ville de New York, Snake Eyes de Brian De Palma où son rôle de détective fût souligné par un plan d’ouverture de 20 minutes ininterrompues, ou encore Les Associés de Ridley Scott, tout en gagnant les hautes places du box office avec des productions plus mainstream, dont le remake de 60 secondes chrono où il partage la vedette avec Angelina Jolie, Benjamin Gates qui est un peu son Indiana Jones ou encore Windtalkers dans lequel il retrouve le réalisateur John Woo. Il participera aussi à quelques comédies romantiques, La Cité des anges, remake édulcoré des Ailes du désir de Wim Wenders, puis La Mandoline du capitaine Corelli, drame romantique sur fond de seconde guerre mondiale.

Parallèlement, Nicolas Cage produit ses premiers métrages, tout d’abord avec une fiction prenant place lors du tournage du mythique Nosferatu de F.W. Murnau, intitulée L’Ombre du vampire. Suivirent La vie de David Gale, un film sur la peine de mort, le très bon Lord of war d’Andrew Niccol, film sur le trafic d’armes où il partage d’ailleurs la vedette avec Bridget Moynahan et Jared Leto, et il s’essayera même à la réalisation avec Sonny, histoire d’un gigolo qui lutte pour s’en sortir après l’armée. Il fut aussi producteur exécutif sur la récente série de la chaîne Sci-fi : the Dresden Files, adaptation éponyme des romans narrant les aventures du sorcier Harry Dresden dans le Chicago moderne.

Aujourd’hui il est rare de passer 6 mois sans voir l’acteur à l’affiche, que ce soit dans un rôle vedette comme en témoignent les récents Next et Ghost Rider (dont il possède d’ailleurs un tatouage, qui fut cependant recouvert de maquillage lors du tournage), ou même en guest star comme dans le très attendu Grindhouse où sa prestation n’excède pourtant pas quelques maigres secondes.

Et étant donné que les productions de Ghost Rider 2 et de la suite des aventures de Benjamin Gates sont en cours, ça ne risque pas d’arriver de sitôt, au grand bonheur de ses innombrables fans.

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