Où sont passés les Morgan ?

Publié par Jerome le août 29, 2018 | Maj le septembre 29, 2018

Deux ans après Le Come-back, Marc Lawrence s’attaque à la comédie du remariage, doublée d’un film sur la différence culturelle. Bienvenue chez les Ch’tis en ligne de mire et bientôt dans le rétro : le cinéma américain nous a habitués à mieux et ce n’est pas l’un des plus talentueux réalisateurs de comédies romantiques du moment qui va nous décevoir.

Le Film Où sont passés les Morgan

Témoins d’un meurtre, Paul (Hugh Grant) et Meryl (Sarah Jessica Parker) Morgan, séparés depuis quelque temps, sont contraints de partir se réfugier dans le Wyoming, autant dire à l’autre bout du monde. Sous protection judiciaire, ils doivent revivre ensemble et conjuguer ceci avec le désagrément de la découverte d’une région a priori aux antipodes de leur mode de vie. En élargissant géographiquement son spectre au-delà de l’état de New York, Où sont passés les Morgan ? porte aussi le regard plus loin que l’individu, vers ce qui nous rassemble. La décristallisation du sentiment amoureux n’est cependant pas encore irréversible, Meryl avouant d’emblée qu’elle ne sait simplement plus si elle peut encore ou non aimer son mari. Les Morgan seraient donc plus en proie au doute qu’à la rupture et c’est de ce point de départ déjà plus bourgeois que le film s’annonce comme réconciliation plus que re-séduction de deux adultes en crise de la quarantaine.

Une comédie du remariage light alors, et plus préoccupée par la grande question du vivre-ensemble que par une opposition permanente et stérile de modes de vie et de cultures. Déterritorialisé pour mieux appréhender l’espace au sein du couple, Où sont passés les Morgan ? prend ainsi intelligemment les chtis à contre-pied en ne faisant pas des habitants de Ray, Wyoming des anti-new-yorkais primaires. Cela suffit à essouffler puis rapidement à désamorcer la mécanique que l’on sait facile des blagues méprisantes sur la campagne profonde, et rediriger l’ambition du film vers l’utopie d’un non-judging breakfast club fantasmé.

Et comme vivre ensemble ne signifie pas uniquement s’ignorer paisiblement, il faut se confronter à l’Autre et c’est la gentillesse naturelle des habitants de Ray qui vient bousculer la distance que les Morgan auraient peut-être bien aimée conserver. L’espace de quelques secondes on pourrait presque craindre le penchant inverse : une gentillesse trop caricaturale telle que présentée par Michael Moore dans Bowling for Columbine lorsqu’il s’étonne des canadiens qui laissent toujours leur portes ouvertes. Mais ce qui compte ici c’est l’esprit d’ouverture et une fois cela rappelé, on ne s’y attarde pas. D’ailleurs, ayant réappris à se comprendre et comprendre les autres malgré leurs différences, les Morgan n’adopteront pas pour autant les codes locaux, ni l’inverse. Meryl vendra une maison rurale comme elle présenterait un loft manhattanite : “C’était une vente facile, la maison est située juste derrière le deuxième rocher ! Et comme chacun sait : « Location, location, location »”, célèbre assertion immobilière popularisée par quelque mad men.

La construction limpide du récit fonctionne toujours en deux temps : d’abord marquer la distance (disputes conjugales ou préjugés culturels) avant de faire un pas l’un vers l’autre, sans se renier, ceci s’appliquant aussi bien aux citadins et ruraux qu’aux maris et femmes. C’est là le propre de la comédie du remariage : exprimer l’évolution due à la remise en question des personnages autant que par l’opposition à un évènement extérieur. La mise en scène, que l’on pourrait à tort estimer un chouïa absente sous couvert de classicisme, n’est pourtant pas en reste puisqu’elle incarne, certes discrètement, le rapprochement progressif de Paul et Meryl au détour d’une scène de jogging répétée deux fois : la première fois Meryl court dix mètres devant ; la fois d’après, alors que Paul a admis ses erreurs et Meryl commence à lui pardonner, l’écart est presque comblé.

Tout de même, admettons cette fois que l’on s’émerveillera moins devant de nouvelles scènes de bal ou de fête, en deçà sur ce point à Le Come-back, dans lequel un concert dans un parc d’attraction en fin d’après-midi devenait un miracle d’élégance et de douceur. Une comparaison renforcée par la présence et le jeu de Hugh Grant, stupéfiant dans son rôle de mètre étalon dans la filmographie de Marc Lawrence.

Mais ce qu’on perd peut-être en émotion on le gagne en humour, toujours tendre, notamment grâce à l’usage malicieux et inspiré du mythe de la local girl, déclinée sur tous les modes : plutôt que de généraliser, prenons tout le temps la même fille pour illustrer tous les jobs d’une petite ville (la mise en scène souligne cette fois le genre expérimental de la comédie en général) jusqu’à l’absurde quand on finit par la croiser en slutty firewomen en plein carwashing… En choisissant cette figure pop et attachante de délicieuse ingénue, qu’il aurait été si facile de moquer en cédant à la facilité, Marc Lawrence rappelle avec didactisme des valeurs parfois oubliées : l’amour (ou l’empathie, dans un cadre plus anglo-saxon) porté aux personnages est transmissible par la mise en scène et, choisi comme antidote au cynisme, permet de lutter avec l’enthousiasme d’un docte humanisme contre la sottise et pire de tant de films ivres de leurs effets, agitant des marionnettes dont ils n’ont que faire.

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