Notre critique du film Secret Défense

Publié par emma le août 12, 2018 | Maj le octobre 6, 2018

Dix ans après le surprenant Barracuda (on mettra de côté la parenthèse Les Dalton), le réalisateur Philippe Haïm est de retour pour nous présenter son dernier projet : un film français d’espions, politique et ambitieux infiltrant les services de renseignements du territoire et un réseau terroriste islamiste. Soyons honnêtes, nous n’attendions que très peu de ce film qui s’annonçait comme une énième tentative de court-circuiter le cinéma américain, maître dans le genre, et qui, selon toute vraisemblance, ne devait nous réserver aucune surprises. Secret Défense, sous ses premiers airs inoffensifs, cache en fait une véritable bombe à retardement… Ecriture exigeante et subtile, interprétation impeccable et rythme éffréné, les ingrédients d’un excellent film d’espionnage sont tous réunis. Et au final ? Avouons-le clairement, le film est une vraie réussite.

SECRET DEFENSE – Un film de Philippe Haïm

Avec Vahina Giocante, Nicolas Duvauchelle, Gérard Lanvin, Simon Abkarian
Durée : 1h40
Date de sortie : 10 Décembre 2008

Secret défense raconte une guerre secrète à travers les destins de Diane, une étudiante recrutée par les services secrets français, et de Pierre, un paumé qui croit trouver son salut dans le terrorisme. Formés et endoctrinés pour des missions qui les dépassent, tous deux sont pris dans un engrenage auquel ils ne semblent pas pouvoir échapper. Seront-ils, l’un et l’autre, sacrifiés au nom de leurs “nobles” causes ?

Si l’on estimait le film d’espionnage comme un genre quasi inexistant en France où en tout cas peu reluisant, il va désormais falloir réviser nos copies devant le dernier film de Philippe Haïm qui vient contredire avec audace tous nos mauvais a prioris sur le cinéma de genre hexagonal. Loin devant Agents Secrets de Frédéric Schoendoerffer, dernier film en date à vouloir nous montrer les coulisses de la profession de manière réaliste, Secret Défense vient nous offrir durant 1h40 un divertissement de haute volée où une mise en scène particulièrement pointilleuse vient servir un propos d’une rare intelligence… Faisant le pari de nous montrer de la façon la plus droite et inflexible les deux camps ennemis d’une guerre sournoise et ténébreuse, le réalisateur et scénariste se permet donc de traiter du conflit contre le terrorisme sur le territoire français à travers les deux points de vue. Menant son train à une vitesse déconcertante et pourtant maîtrisée, Haïm ne perd jamais le coeur de son histoire et met tout en oeuvre pour arriver de manière claire et concise au vif du sujet… Ainsi les présentations sont expéditives, presque trop brusques notamment pour la jeune Diane, mais le constat est là : le rythme est d’une efficacité redoutable. Le scénario nous transporte dès ses premiers instants dans une course folle qui ne trouvera son issue que sur les dernières secondes du métrage. Le recrutement par la DGSE de la jeune étudiante jouée par Vahina Giocante se fait à vitesse grand V, la formation, particulièrement jubilatoire et percutante, nous laisse entrevoir l’exigence des services de renseignements et enfin le passage au monde islamiste se fait de manière incisive. Pas le temps de respirer, nous sommes là pour assister à un vrai spectacle…

L’intrigue du film Secret Défense

Philippe Haïm, persuadé (et c’est tout à son honneur) qu’une mise en scène classique mais élaborée est certainement la clé de tout bon et qu’un film d’espionnage ne peut se faire qu’avec une ambition de réalisme indiscutable, s’est alors appuyé sur une équipe de consultants, experts, agents et chercheurs pour se trouver au plus près de la vérité… Et cela fonctionne. Le film transpire l’authenticité et s’il n’évite pas certains raccourcis absolument nécessaires au bon déroulement du film, il reste néanmoins crédible et honnête de la première à la dernière seconde. Rien ne dépasse du cadre, les actions sont mesurées mais cependant haletantes et l’ensemble, au final bien plus posé qu’il n’y paraît, prend le temps de tisser une gigantesque toile de laquelle le spectateur ne peut s’échapper. Pas de prise en otages, le film puise sa force dans sa tendance à considérer son public averti et intelligent, mais une véritable ambiance paranoïaque dont il est difficile de s’extirper. Évitant l’oeuvre jargonneuse, s’étendant inutilement sur des débriefings interminables et multipliant les protagonistes, Haïm à la bonne idée de se concentrer sur ses personnages et de ne pas les laisser filer… Tous les enjeux politiques qui se jouent, les dangers des missions, la dimension internationale des actions passent par eux. Ils sont à la fois les victimes et les coupables de deux gigantesques stratagèmes où les pires méthodes de manipulation s’appliquent dans les deux camps. Il fallait donc pour rendre ce constat réaliste et concret quatre comédiens capables de rendre justice à l’écriture du film qui s’attèle à ne jamais tomber dans la caricature ni même faciliter son propos…

Un casting haut d’exception pour le film français

C’est donc un quatuor formé par Gérard Lanvin, Vahina Giocante, Nicolas Duvauchelle et Simon Abkarian qui mène la danse. Et quelle danse… Les deux premiers, agents secrets au compte de la DGSE deviennent alors les ennemis respectifs des deux suivants dans un combat virtuel (tout ce petit monde ne se rencontre qu’à la fin) mais passionnant. Les talents de Gérard Lanvin ne sont plus à prouver mais il compose ici un excellent bloc monolithique, quasi inébranlable mais dont les doutes semblent néanmoins attaquer peu à peu le bouclier épais qu’il s’est conçu. Vahina Giocante, qui trouve ici le rôle qui la fera certainement décoller, est impeccable de bout en bout en jeune étudiante paumée, fatiguée de se prostituer pour subvenir à ses besoins. Manipulée jusque dans sa chair, vendant finalement son corps à une autre entité, elle se trouve mêlée à un complot qui la dépasse… Mais dans sa hargne, la jeune femme trouve alors le courage d’aller jusqu’au bout et la comédienne, particulièrement habitée, témoigne d’un vrai sens du jeu et d’un talent qui n’est cependant plus à démontrer. Nicolas Duvauchelle, pathétique et attachant, à la lourde tâche d’enfiler le costume du terroriste mais alors que la jeune Diane se fait manipuler pour une cause qu’elle ne défend pas forcément, lui semble d’abord convaincu de la légitimé de ses actes, jusqu’à finalement comprendre la machination qui vient parasiter sa foi. Pour finir, Simon Abkarian brille par son flegme et son jeu quasi-clinique et ne cesse de prouver aux yeux de tous qu’il est certainement l’un des plus grands comédiens français actuels. Si l’on ajoute une série de seconds rôles parfaitement tenus par Rachida Brakni ou Nicolas Marié, on tient ici un casting quatre étoiles sans aucune fausse note.

secret defense

Secret Défense est donc une excellente surprise qui parvient, grâce à un travail fouillé, méticuleux et documenté, à transcender son histoire. Philippe Haïm signe un excellent scénario que les comédiens ont su s’approprier mais également habiter… La sueur à grosses gouttes, les muscles crispés, le corps qui s’échauffe et ce sentiment de paranoïa qui ne cesse de grimper, oui, c’est ça, vous êtes bien devant l’un des d’espionnage français jamais réalisés. Vous verrez, ça fait un bien fou !

L'actualité des Médias

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *