Nicolas Cage est il fait pour les blockbuster ?

Publié par emma le septembre 22, 2018 | Maj le octobre 6, 2018

Aujourd’hui tête d’affiche incontournable, Nicolas Cage est la preuve même qu’une bonne performance peut vous changer une carrière en un clin d’œil. Ayant débuté dans le téléfilm Best of Times en 1981 aux côtés de son ami Crispin Glover (Charlie’s Angels, Retour vers le futur, Willard), ses airs de mauvais garçon vont rapidement lui permettre de participer à des projets où il tiendra la tête d’affiche (Valley Girl, Birdy) et de jouer dans les films de son oncle Francis Ford Coppola (Cotton Club, Peggy Sue s’est Mariée), mais malgré quelques comédies et la caution apportée par certains films d’auteurs reconnus, Cage n’a jamais été aussi banckable que depuis le Leaving las Vegas de Mike Figgis. Sur-récompensé à juste titre, ce film va lui ouvrir les portes de très gros budgets qui vont du tout au tout changer sa carrière d’underdog en tête d’affiche hautement attrayante.

L’un des acteurs les mieux payés

Mais avant d’être un des acteurs les mieux payés d’Hollywood (20 millions de dollars par film pour les récents Benjamin Gates 2 et Windtalkers), l’acteur était surtout habitué à des petits budgets dépassant rarement les 10 millions de dollars et était connu pour livrer des performances aussi colorées qu’hors du commun. Aidé par un jeu excentrique (faisant le malheur de certains de ses collègues, pas toujours heureux de ses nombreuses improvisations) et une diction exacerbée (Nick s’étant rapidement rendu compte que de nombreux acteurs connus l’étaient aussi pour leur voix, s’est arrangé pour rendre la sienne reconnaissable), Nicolas Cage était avant Leaving Las vegas, principalement connu du grand public pour quelques comédies familiales et des cinéphiles pour quelques obscurs films d’auteurs.

Seuls films à dépasser les 10 millions de dollars de recette au box office américain, les comédies auxquelles participe l’acteur le montrent généralement sous un jour propret, fier et moralement adéquat. Qu’il incarne un flic et bon samaritain désirant par bonté morale partager les gains d’un billet de loterie gagnant avec une serveuse pour une simple promesse (quitte à s’attirer les foudres de sa femme dans Milliardaire malgré lui), le garde du corps respectable et compétant de l’ex première dame du pays (Un Ange gardien pour Tess) ou encore un mari tentant tout pour récupérer sa femme séduite par une célébrité de Las Vegas (Lune de miel à Las Vegas), Nick est dans ces comédies proprettes (et à l’exception d’Eclair de Lune où il campe un boulanger manchot et caractériel) aux antipodes des rôles qui ont fait sa réputation de « Jazzman des acteurs » comme le surnomma David Lynch.

En effet, l’acteur a généralement été bien plus à l’aise et plus marquant dans des films indépendants ou d’auteurs lui permettant de jouer à fond la carte du pétage de plombs affirmé ou du héros torturé. Repris de justice multirécidiviste chez les frères Coen (Arizona Junior), soldat torturé chez Guiliano Montaldo (Le raccourci), amoureux transi fan d’Elvis chez David Lynch (Sailor & Lula), chômeur mal tombé chez John Dahl (Red Rock West) ou encore mastodonte impressionnant chez Barbet Schroeder (Kiss of Death), le trublion ira même jusqu’à se faire immortaliser sur pellicule en mangeant un cafard afin d’entrer dans la peau d’un paranoïaque schizophrène persuadé de se transformer peu à peu en vampire (Embrasse-moi Vampire, Robert Bierman). Des efforts qui lui donneront une réputation d’acteur ingérable mais dont le résultat à l’écran vaudra pour certains tous les sacrifices, tant l’artiste aime plonger au plus profond de ses partitions. C’est d’ailleurs ainsi qu’il sillonnera les pubs de toute l’Irlande afin d’entrer de plein pied dans celle de Ben Sanderson, un alcoolique ayant décidé de se suicider à l’alcool dans la ville aux milles feux de Leaving Las Vegas, ce malgré l’amour d’une belle étrangère.

Nicolas Cage explose le Blockbusters

Et alors que Nicolas Cage n’avait jusqu’à présent que rarement attiré sur lui l’œil des cérémonies de remises de prix (seuls Eclair de Lune et Embrasse moi Vampire lui avaient permis d’obtenir un certain crédit critique), Leaving Las Vegas va rapidement devenir en 1995, LE film dont tout le monde parle de Cannes aux Oscar, et faire pleuvoir sur l’acteur une véritable tempête de récompenses. Il fut ainsi par 11 fois nommé meilleur acteur de l’année entre la reconnaissance de la guilde des acteurs, celle des critiques de Boston, Dallas, New York ou Chicago en passant par les golden globes, et enfin par la prestigieuse remise des oscar qui le sacrera également. Un fabuleux palmarès qui va enfin lui permettre de porter sa démesure dans de très gros projets aux budgets faramineux.

Sortent alors coup sur coups trois parmi les plus bourrins de l’époque (dont deux resteront parmi les films d’action les plus réussis de tous les temps), inondant les écrans du monde entier et rendant impossible pour le public de passer à côté de sa silhouette de danseur et de ses yeux globuleux. Rock (Michael Bay), Les Ailes de l’Enfer (Simon West) et Volte Face (John Woo) l’afficheront ainsi en 1996 et 1997. Un trio gagnant qui poussera désormais les producteurs à effacer leur frilosité au nom de l’acteur, celui-ci étant dorénavant à leurs yeux une véritable poule aux œufs d’or. Nick pourra donc désormais participer à un plus large choix de productions et continuer parallèlement d’apparaître dans des projets atypiques issus de visions uniques de réalisateurs talentueux. Mais alors que certains projets respirent l’intégrité artistique et utilisent à fond le potentiel de l’acteur (A tombeau Ouvert), une partie de ces métrages prennent désormais souvent des allures de grandes productions hollywoodiennes, parfois plus pour le pire que pour le meilleur.

Ainsi, même si Nicolas Cage continue de participer à des films d’auteurs aux pitchs et à la réalisation innovante et inventive et bénéficie désormais d’un certain crédit artistique (Adaptation de Spike Jonze pour lequel il fut récompensé de nombreuses fois, Les Associés de Ridley Scott ou le Lord of War d’Andrew Niccol), les comédies honnêtes et agréables qui lui permettaient de mettre du pain sur la table sont désormais remplacées par des projets hautement fructueux mais où la qualité a désormais fait place à un opportunisme fun mais de plus en plus dénué d’un intérêt autre que personnel. Qui aurait à sa place craché sur l’opportunité d’incarner un ersatz d’Indiana Jones, de camper un des plus célèbre héros de comic books (d’autant que l’acteur les collectionne et que l’adaptation du Superman de Tim Burton à laquelle il était rattaché est tombé à l’eau), de participer à des remakes bigger than life de classiques cinématographiques ou encore de s’éclater au milieu d’explosions numériques tout en étant payé à grands coups de millions de dollars ?

Difficile dans ces conditions d’en vouloir à Nick, simplement parce qu’il désire s’amuser sur de grosses licences, mais difficile aussi de cautionner des films dont le seul intérêt est justement de voir celui-ci prendre son pied au milieu de scripts souvent ineptes, produits prémâchés fortement indigestes vendus à grands coups de marketings à un grand public jugeant malheureusement l’attrait d’un projet à la taille des studios qui le supportent. Avec d’un côté les Golden Globes, Oscars et autres reconnaissances critiques, Nick est parallèlement devenu un habitué des MTV movie awards (une chaîne qui est passée de l’avant-garde underground à l’ultime véhicule d’une culture popcorn écœurante) et commence désormais à également devenir un favori des Razzie Awards, sorte d’anti oscars récompensant les pires performances cinématographiques.

Même s’il a toujours eu une carrière scindée en deux, on regrette ainsi qu’entre la boursoufflure numérique Ghost Rider, le remake navrant de Wicker Man, le saccage d’une nouvelle de Philip K. Dick (Next) ou encore les récentes grosses productions Bruckheimer (qui, de son côté, est passé du représentant de l’actionner béton à celui du blockbuster soporifique), l’acteur ait désormais tout une partie de sa carrière vidée d’un certain sens artistique et accepte maintenant trop souvent ce statut de vache à lait attribué par ceux qui, au début de sa carrière étaient pourtant frileux à sa simple évocation. Il ne nous reste plus qu’à espérer qu’après une pluie de ces productions indigestes, le futur face preuve d’un meilleur équilibre (voire d’un violent renversement de vapeur) entre le nombre de projets intéressants et la masse d’aveuglantes inepties. Premiers espoirs, les deux prochains films de l’acteur seront respectivement sous la houlette d’Alex Proyas (Knowing, narrant la découverte d’une capsule temporelle prévoyant des catastrophes dont certaines se sont déjà produites) et des frères Pang (qui remakent leur succès Bangkok Dangerous). Tous les fans retiennent leur souffle !

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