L’indépendance bat la retraite culturelle au Québec au Canada

Publié par Jerome le octobre 11, 2018 | Maj le octobre 11, 2018

Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis que Gilles Vigneault a chanté les paroles qui sont devenues l’hymne non officiel de l’indépendance du Québec : ” Mon pays n’est pas un pays, c’est l’hiver “. Aujourd’hui, sur le point d’avoir 90 ans, Vigneault, sa génération d’auteurs-compositeurs-interprètes et sa défense passionnée de la souveraineté sont plutôt un souvenir mélancolique du passé, dans une province à l’identité plus canadienne que jamais et où la musique qui triomphe est plus hip hop et pop américaine, chantée principalement en anglais ou, à défaut, en anglais, un mélange des deux langues majeures.

Les raisons du déclin de l’appui à l’indépendance de l’industrie culturelle québécoise sont principalement d’ordre commercial. Tout d’abord, de moins en moins de Québécois, et surtout de jeunes, se donnent comme priorité d’atteindre leur propre État, et leurs goûts culturels en témoignent. Deuxièmement, le marché anglophone du Canada est plus vaste et donc plus lucratif que le marché francophone. Et bien que le gouvernement régional continue de promouvoir par la loi et avec des subventions substantielles la musique et les arts en français, ces mesures ont peu d’effet sur la défense publique de la souveraineté.

Daniel Boucher (Montréal, 1971) est l’un des chanteurs à succès qui continue de défendre, par sa musique et ses déclarations publiques, les idéaux du séparatisme. “Il ne fait aucun doute qu’il est de plus en plus difficile de trouver des artistes et des personnalités culturelles qui défendent l’indépendance “, explique-t-il en se rendant à un concert dans la banlieue de Montréal. “C’est pourquoi il est si important que les gens comme moi défendent l’indépendance comme quelque chose de naturel et de positif, que nous en parlions tous les jours, que nous en fassions un style de vie, un projet.

Boucher est une exception aujourd’hui. Il est vrai que Montréal est aujourd’hui en proie à des affiches d’hommage au chanteur français Charles Aznavour, décédé le 1er octobre dernier, qui s’est produit dans cette ville à de nombreuses reprises et est même allé jusqu’à y acheter une maison. Aznavour a flirté avec l’indépendance de cette province et a exprimé son admiration pour la culture québécoise à plusieurs reprises. Mais les jeunes générations le connaissent mieux pour l’inclusion de sa chanson “Emmenez-moi” dans un long métrage à grand succès en 2005 intitulé C.R.A.Z.Z.Y. que pour sa défense du lien francophone des deux côtés de l’Atlantique.

Selon les lois sur la protection de la langue, tout projet musical publié au Québec doit avoir au moins 70 p. 100 de son contenu en français pour pouvoir recevoir des subventions. À la radio publique française, 65 p. 100 des chansons diffusées doivent l’être en français et 35 p. 100 doivent avoir été produites au Canada. Le principal employeur du secteur, l’Association québécoise de l’enregistrement, du concert et de la vidéo, décerne habituellement des prix dans les catégories française et anglaise, et crée une controverse majeure en 1990 lorsqu’elle décerne à Céline Dion un prix en tant qu’artiste anglophone, qu’elle rejette comme provenant d’une famille francophone.

Le Québec est une île en français entourée d’un océan anglophone. Dix millions de Canadiens parlent cette langue, comparativement à 24 millions de Canadiens qui ne la parlent pas et à 325 millions de personnes aux États-Unis, qui sont l’épicentre de l’industrie culturelle occidentale. Depuis que le Parti de l’indépendance du Québec a réussi à former son premier gouvernement en 1974, la province a protégé de façon draconienne l’usage du français, qui est la langue préférée et dominante de l’administration publique et des écoles. Ces efforts ont toutefois été contrecarrés par une tentative d’ouvrir les portes de la mondialisation, un demi-million d’immigrants et de réfugiés étant arrivés dans la province au cours de la dernière décennie.

“Le déclin de l’autonomie est étroitement lié à la culture “, explique Christoff Deblois, 30 ans, commis administratif au collège professionnel Rosemont. “Il y a de plus en plus d’immigrants et de réfugiés étrangers ici, et ils parlent des langues autres que le français, ils se font comprendre en anglais, et nous, bien que nous ayons été éduqués en français, nous le parlons et le comprenons. Aux élections provinciales du 1er octobre, le Parti du Québec a subi une lourde défaite, perdant son groupe parlementaire et ne remportant que neuf sièges sur 125.

Il y a un groupe sculptural au centre de Montréal, à la Place d’Armes, qui reflète comme peu d’autres la bipolarité de la culture actuelle au Québec. Ce sont deux statues en bronze de l’artiste Marc André J. Fortier, intitulées “Les deux snobs”. Dans l’une d’elles, un homme tient dans ses bras un chiot de la race “pug”, symbole du Royaume-Uni. À environ 500 mètres, une femme embrasse un caniche français. Les deux personnes, les yeux couverts d’un masque, ne se regardent pas. Les deux chiens sont, comme impatients de se rencontrer. C’est peut-être le meilleur symbole de la façon dont le comportement social force une fusion à laquelle la culture officielle résiste encore.

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