Les références de Shrek

Publié par emma le septembre 22, 2018 | Maj le octobre 6, 2018

Rares sont les œuvres à générer un engouement aussi intense que les contes auprès du jeune public. Histoire limpide, univers féerique et merveilleux, protagonistes bien définis et morale tenant en une phrase, la simplicité de ces contes n’a d’égale que leur efficacité. Ainsi, les adaptations de ces œuvres, pour autant qu’elles soient faites avec amour et sérieux, rencontrent invariablement un succès monstre, comme les studios Disney peuvent en témoigner : Pinocchio, Blanche neige et les sept nains, Cendrillon, La belle au bois dormant… Autant de chefs d’œuvres et de souvenirs émouvants peuplant l’inconscient collectif de nombreuses générations.

Les références de film dans Shrek

Débarqués fraîchement en 1994 dans le monde des grands studios, Dreamworks s’auréole rapidement de quelques succès publics tels que Fourmiz ou Le prince d’Egypte, et crée en 2000 un département consacré à l’animation d’où sortiront rapidement La route d’El Dorado et Chicken Run. Cependant, il manque encore au catalogue de Dreamworks un vrai film féerique, un conte capable de faire réellement entrer Dreamworks, justement, dans le monde du rêve. Mais que choisir ? Quel conte adapter ? Se basant sur son image de jeune outsider impertinent et sachant que tant le public que les critiques les attendent au tournant, le studio décide d’y aller franchement en montant une parodie hommage. Car quoi de plus attirant pour un public fan de remakes et de reprises musicales qu’un métrage dont le concept est simplement de reprendre tous les principaux éléments (et même une majorité de personnages connus) et de les soumettre au filtre du réalisme et du goût irrévérencieux ? Ainsi, à la fois remake et relecture des classiques aux goûts du jour de tous les contes connus Shrek premier du nom était né.

L’histoire de ce premier opus prend ainsi un malin plaisir à utiliser les codes des contes de fées à tord et à travers, à en prendre le contre-pied quasi systématique et à inclure insolemment un nombre incalculable de références aux féeries de notre enfance. En premier lieu, le conte de fée bateau comprend souvent une demoiselle en détresse gardée par de nombreux et périlleux dangers (dont un dragon maléfique) qu’un grand, beau, fort et courageux prince chevalier en armure viendra affronter sans discuter pour sauver la belle sur son fier et fidèle destrier, et en faire sa dame.

En appliquant le concept défini ci-dessus, nous balance donc un monarque nain, vil et hautain, renseigné par un miroir magique similaire à celui de la reine-sorcière de Blanche neige (toutefois plus sympathique que ce dernier) et organisant un concours pour désigner celui qui ira sauver la donzelle à sa place, n’ayant ni la carrure ni le courage pour aller affronter le dragon qui la garde.

Le héros de cette aventure devient donc un ogre (antithèse du héros par excellence), gros, vert et malpoli, qui accepte la quête pour récupérer la tranquillité et la solitude de son habitat, envahi par tout un monde de squatteurs. Le fidèle destrier du héros est quant à lui remplacé par un âne idiot et bavard, et dont la principale activité est de se rendre insupportable. Il se révèlera cependant un atout de taille lorsqu’il saura trouver les bons mots pour séduire le dragon, grande demoiselle aux écailles rouges qui sera ainsi terrassée non pas par le chevalier à l’épée, mais par l’amour du gris destrier.

Enfin, la belle donzelle fraîche et fragile, endormie et prisonnière contre son gré, fait place à une toujours belle, mais maudite demoiselle, parfaitement réveillée, au courant de la situation et n’ayant de fragile que l’apparence. Bien qu’elle soit soumise de son plein gré aux poncifs des contes de fées (le baiser, l’attente du chevalier, « parce que c’est comme cela que ça doit se passer »), elle n’en est pas moins rude guerrière et championne d’arts martiaux. De plus, soumise à une malédiction qui la transforme à la nuit tombée en ogresse et dont seul un baiser pourra la libérer, ce dernier révèle que la malédiction consistait plutôt à la transformer en humaine le jour, ogresse étant sa véritable apparence.

En plus d’enfoncer les poncifs des contes, le film est parsemé d’hommages évidents à tous les classiques existants. Ainsi, alors que le royaume mène une chasse aux personnages de contes, traités comme de vulgaires hors la loi et dont la tête est mise à prix, le personnage de Shrek, dont le marais sert de refuge à tout ce petit monde, fait un peu office de défenseur et annonce en quelque sorte de la voix de Dreamworks : « Voila Shrek, le nouveau héraut du conte de fée dont les figures emblématiques ne sont plus à même de se défendre elles mêmes, car naïves et désuètes. » On croise ainsi en situation de détresse nombre de personnages déjà immortalisés sur écrits et pellicules, des trois petits cochons à Pinocchio, du loup du chaperon rouge ayant pris des habitudes de grand-mère aux bonshommes de pain d’épices. Même un Robin des bois pédant et sa bande de joyeux voleurs « so frenchy » font une apparition le temps de montrer leur suffisance et de se faire casser la figure par une Princesse Fiona ayant apparemment eu la Trinity de Matrix comme coach (le film étant en images de synthèse, il n’est pas difficile de se rappeler au détour d’un plan au ralenti que Shrek fut conçu sur les ordinateurs de Dreamworks dans une matrice similaire à celle des frères Wachowsky)

De même, nombre de situations sont tirées de grands classiques : la chasse aux personnages de contes fait directement écho à la chasse de hors la lois dans robin des bois, d’où sort aussi le tournoi destiné à désigner le futur sauveur de la belle. Un tournoi d’archers qui se transforme ici en tournoi de catch et dont le but n’est plus de capturer le héros, mais d’en désigner un assez bête pour servir le monarque au péril de ses fesses.

Les fameuses séquences de sauvetage face au dragon puis dans la chambre de Fiona font quant à elles évidemment référence à celles de la belle au bois dormant. Quant à celle, finale, de mariage, impossible d’énumérer exhaustivement le nombre incalculable d’histoires où celle-ci prend place, bien qu’aucune d’entre elles n’a jamais montré Blanche Neige et La Belle Au Bois Dormant se tapant dessus pour récupérer le bouquet de la mariée.

Comme tout grand succès, celui de Shrek donna rapidement naissance à une suite. Mais la où le premier du nom s’évertuait à triturer l’univers des contes et à installer le personnage de Shrek comme leur successeur direct, faisant ainsi un sévère pied de nez en même temps qu’un hommage aux classiques de Disney, le second volet de ses aventures le place dans une perspective plus moderne. En effet, Shrek étant, plus qu’un conte, un film populaire issu d’un grand studio hollywoodien en plein essor, les aventures de nos héros glissent maintenant sur le terrain de la parodie du monde hollywoodien, de ses stars, de ses succès et de ses travers. Convoqué par la belle famille qui souhaite faire la connaissance de ce nouveau membre, Shrek, accompagné de sa dulcinée et du toujours insupportable (pour les personnages) mais drôle (pour le public) âne de compagnie, prend la direction du royaume de Far Far Away. Même si le métrage n’en oublie pas les références aux contes, (le petit chaperon rouge terrorisé, la petite sirène dragueuse, le carrosse-oignon en guise de véhicule), à peine arrive-t-on dans le pays de la belle famille que pullulent les références au pays du cinéma.

L’inscription sur la colline, la topographie de la ville, les boutiques de grands couturiers et même les panneaux publicitaires sont autant de clins d’oeils aux spectateurs, mêlant ainsi l’actuel monde des stars et le déjà installé background féerique…

Tout comme dans le premier film où la magie était parfois associée à une technologie plus familière (le miroir qui rembobinait ses visions à la manière d’une vieille VHS), les éléments du royaume de Far Far Away sont comparés à leurs pendants Hollywoodiens. Les balais volants et autres carrosses se transforment en limousines, les bulles de visions magiques fonctionnent à la manière de téléphones portables et même l’usine de potions ressemble à une entreprise privatisée, que Shrek et sa bande arrivent facilement à infiltrer en jouant la carte du syndicat des travailleurs.

La plus outrancière et jouissive référence à cet univers prend bien évidement place lors d’une cérémonie de mariage dont l’arrivée des invités est présentée comme une montée des marches de festival à statuettes sur une chaîne câblée, avec présentatrice hystérique, gratin prestigieux (ou pas) et public en délire. Second terrain de références au cinéma, la structure scénaristique de cette séquelle use allègrement de passages obligés du cinéma comique et romantique moderne. Nous avons ainsi droit à l’indémodable scène du dîner de famille multi-ethnique (ici ogres et humains) avec les orages habituels entre le nouveau venu et le chef de famille, l’exaspération des parties féminines, le tout accompagné par les commentaires de l’âne incarnant ici le spectateur distant et amusé. Viennent par la suite et entre autres, la scène du complot pour bousiller le mariage (près d’un fast-food magique de vente à emporter avec son menu enfant et sa hache en cadeau), la perte de confiance du héros lors de la découverte des éléments du passé de sa belle (un magnifique poster de Sir Justin décore le dessus du lit et les statuettes du prince charmant ornent la chambre de jeune fille, sans parler du journal intime) alors que celle-ci subit une tentative d’embobinage qui prend ses racines directement dans la version Disney de « la belle et la bête ».

Mais que serait un film parodiant Hollywood sans références à ses oeuvres fondatrices de mythes, ces sortes de contes modernes qui ont remplacé ceux d’autrefois ? Là encore, Shrek n’y vas pas avec le dos de la cuillère. Là où le premier film se contentait de rares allusions au 7ème art (la plus voyante étant bien évidemment celle à Matrix), ici tout y passe. Que ce soient les références à Indiana Jones (le chat récupérant son couvre chef lors de la fuite), aux films de capes et d’épées (dont un certain Zorro, encore le chat, maître d’escrime et doublé par un Antonio Banderas qui joua le rôle sur grand écran), à Mission : Impossible (Pinocchio se prenant pour Ethan Hunt aidé de ses fils de marionnettes, accompagné du célèbre thème de Lalo Schifrin), on savoure le tout avec délectation.

La poursuite et l’arrestation de nos héros fait de plus référence à l’immense succès télévisuel américain Cops, série de télé réalité suivant de véritables poursuites, descentes policières et arrestations, et où tout est tourné en caméra embarquée. Evidemment et adaptation oblige, les hélicoptères sont ici remplacés par des montgolfières, les chasses en voitures par des poursuites équestres, et le spray poivré par du vrai poivre mouliné. Le chat Potté étant lui-même accusé de possession d’herbe … à chat !

Même l’assaut final sur le château fait référence à Sos fantômes et son bibendum chamallow géant, ici transformé en bonhomme de pain d’épice (détruisant dans son avancée un café Farbuck), seulement vulnérable face au lait qui le ramollit, versé des remparts du château comme de l’huile bouillante. Enfin, à l’image de l’ambiance du film, la bande son est elle-même emprunte d’immenses succès radiophoniques. On retrouve ainsi des titres mondialement connus tels que FunkyTown, Changes, Ain’t no stopping us now, Le Freak, All by myself ou encore Holding out for a Hero, joué deux fois (dont une déchirante version par Frou Frou, très en vogue à l’époque grâce à la sortie du Garden State de Zach Braff).

Enfin et évidement pour cadrer l’histoire dans le féerique, le film, dont une grande partie de l’intrigue tourne tout de même autour d’une potion d’amour, se résout sur le sacrifice de l’ancienne génération et sur une amusante parodie du mythe de la princesse et du crapaud devenu prince, terminée par une immense fiesta-concert. Il ne fait aucun doute que le troisième opus amènera lui aussi son lot de références fantastiques et cinématographiques dont de nombreuses seront certainement liées aux phénomènes des suites et séquelles.

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