Les mauvais remarkes de films aux cinémas

Publié par emma le septembre 22, 2018 | Maj le octobre 6, 2018

Le cinéma hollywoodien regorge de fausses bonnes idées, parmi lesquelles cette propension agaçante au remake. Ces brainstorming menant à la mise sur les rails du remake d’un grand classique, voire juste d’un bon film, ont bien souvent creusé la tombe de projets guidés par le dictat de l’entertainment. Certes, il y eut aussi des miracles (cela fera l’objet de la suite de ce dossier), mais pour combien de films honteux ? Petite liste hélas, cent fois hélas, non exhaustive…

HITCHER – Dave Meyers

Généralement quand un remake est annoncé, surtout s’il s’agit de celui d’un classique indémodable cher au cœur de nombreux fans, difficile d’en attendre quelque chose de grand. Mais quand l’œuvre est un exemple de viscéralité et qu’on apprend qu’une remise à jour est en préparation du côté de la team Michael Bay, ce dernier étant le chef de file d’un cinéma épileptique et bourrin vide de sens, on sent le film inutile et insultant. C’était donc couru d’avance pour ce Hitcher version 2007 et la vision de cette chose, confirme toutes nos craintes. Script analphabète, pellicule n’ayant pour elle que la beauté de quelques filtres, et acteurs aussi transparents que leurs prédécesseurs étaient charismatiques. Et si l’on rajoute à cela un final d’une platitude mièvre et d’une violence grossièrement superflue, il ne reste rien à sauver de cette production opportuniste.

LA PLANETE DES SINGES – Tim Burton

Ah, Tim Burton ! Il fallait bien qu’un jour le génie du goth et du macabre finisse par faire un incident de parcours. Mais alors qu’on attendait plutôt une audace ratée ayant pour elle ses intentions ou encore quelques fulgurances thématiques et un budget minime propice à ranger cet éventuel ratage comme un projet mineur, Tim choisit d’opérer le plantage de sa carrière dans les grandes largeurs. Et l’excuse du « projet de commande » n’y fera rien. Non content de s’atteler à un classique poignant dont la puissance et l’impact étaient indissociablement ancrés dans une réalité politique brulante, le de l’ami Burton va, tant aux yeux de ses fans que de ses détracteurs, s’avérer être d’une telle vacuité que certains en oublieront même le contenu. Pire, ses adorateurs se lanceront carrément dans une croisade clamant que l’auteur est désormais vendu au système. Maquillages pitoyables, mise en scène plan plan, sans oublier un final d’un goût totalement déplacé et au potentiel d’hilarité non sensique toujours intact. Heureusement, le maestro s’est depuis racheté une conduite.

PSYCHO – Gus Van Sant

Il fallait oser ! Retourner plan par plan l’intégralité du chef d’oeuvre d’Hitchock en y ajoutant les deux scènes que le cinéaste n’avait pu tourner à l’époque. En cherchant bien, le seul réalisateur assez prétentieux pour tenter cet exercice périlleux ne pouvait s’appeler que Gus Van Sant. Si le bonhomme a su toucher juste avec des films comme Prête à tout ou My Own Private Idaho, on ne peut que déplorer son manque terrifiant de considération pour le spectateur dans ses autres réalisations (Last Days et Elephant en tête). Avec Psycho, il se regarde filmer en prétendant rendre hommage au maître du suspense, il chante lui-même son requiem en s’élevant sans scrupule au même rang que son modèle… bref le résultat est désolant car vide. Il y a de la couleur, de nouvelles têtes et c’est tout. L’intérêt d’une telle ambition artistique nous laisse vaguement perplexes et penseurs sur la teneur d’un cinéaste qui semble prendre un malin plaisir à créer un film assez inutile et sans saveurs… Gus Van Sant semble être un cinéaste conçu de toute pièce pour plaire à la critique (et certains à la rédaction ne pourront prétendre le contraire) et qui s’est malheureusement laissé embarquer dans le syndrome du plaire-à-tout prix. Dommage…

DIABOLIQUE – Jeremiah Chechik

Dans la série, on fait un remake avec des jolies stars pour camoufler la teneur 0% du produit, Diabolique remporte l’adhésion de tous les spectateurs… Adaptation du film d’Henri-Georges Clouzot, lui-même adapté du roman de Pierre Boileau et Thomas Narcejac, ce Diabolique réunit Sharon Stone et Isabelle Adjani (contre Simone Signoret et Vera Clouzot) dans un triangle amoureux et pervers proprement ridicule. Alors que l’original tenait par une interprétation mémorable, une ambiance terrifiante et des dialogues écrits avec une plume des plus aiguisées (comme dans tous les films de Clouzot), ce remake réalisé par celui qui mit au monde le monstrueux Chapeau Melon et Bottes de Cuir est terriblement fade face à son grand frère. Le tout prend la forme d’un téléfilm luxueux (Kathy Bates fait également partie du casting) et sombre peu à peu dans une bouillie complexe et tordue se terminant en apothéose dans une séquence dont le ridicule n’a d’égal que le jeu assommant de Sharon Stone. On appréciera les efforts d’Isabelle Adjani qui tente tant bien que mal de donner une certaine consistance à son rôle. On ne pourra dire la même chose de Chazz Palminteri qui nous sert ici une bien piètre interprétation du rôle tenu auparavant par Paul Meurisse… Le film fait un bide monumental. Bien fait !

POSEIDON – Wolfgang Petersen

Le problème avec Wolfgang Petersen c’est qu’à force de toujours vouloir mettre le paquet, il oublie qu’un film se construit avant tout sur une trame dramatique forte… Les scènes chocs, c’est bien, mais lorsque les personnages ont l’épaisseur d’une feuille OCB, le tout retombe comme un soufflé et fatigue assez vite. Certes, L’aventure du Poséidon de Ronald Neame ne brillait pas par ses dialogues ou la force de ses protagonistes mais il y avait dans ce film catastrophe une profonde envie de nous faire vivre les situations au plus près et de nous projeter face à la nature humaine la plus égoïste et terrifiante (à l’instar de La tour Infernale)… Ici, on joue à Fort Boyard et on oublie la définition même du terme vraisemblance en tombant dans les pires clichés du genre. Le héros est super musclé et beau gosse, le papa se sacrifie, la jeune fille amoureuse fait potiche, le petit gamin se cache forcément aux moments les plus angoissants. Bref, passées les premières minutes plutôt fun, on s’ennuie ferme devant ce remake dont les incroyables effets spéciaux (il faut tout de même saluer le travail des artificiers et cascadeurs) ne cachent jamais le manque d’inspiration et d’enthousiasme. Ca sent le réchauffé et tout le monde s’en rend compte…

666 LA MALEDICTION – John Moore

Dans la folie des remakes foireux et opportunistes du début du nouveau millénaire, 666 la malédiction ne s’annonçait pourtant pas comme un mauvais film. Un premier teaser intriguant décrivant une petite communauté se préparant à affronter la venue de l’antéchrist et un second flippant à souhait, jouant sur la sobriété et surtout sur l’efficacité avaient de quoi rassurer les plus sceptiques… On retrouve quelques uns de ces élans respectables dans le film de John Moore (telle cette fabuleuse scène de la bulle d’air dont le sadisme assumé des protagonistes laisse un gentil sentiment de malaise…) mais hélas ce remake du chef d’œuvre de Richard Donner n’est pas à la hauteur des espérances : un réalisateur qui se complait dans le reshootage des scènes cruciales de l’œuvre matricielle, des effets à la limite du tolérable et un choix de gamin plus qu’incroyable prouvant bien que l’équipe n’avait rien compris aux causes des réussites de l’original, préférant à un visage poupon cachant tous les vices, la tronche d’un moutard plus proche de l’apprenti pervers névrosé que du réel démon dans toute sa complexité. Embêtant quand l’entreprise tient essentiellement sur la crédibilité du demonio en puissance ! Et ce n’est pas Liev Schreiber et Mia Farrow qui sauveront le film de la débâcle. Pourtant on les avait prévenus que sortir cette malédiction le 6/06/06 n’était pas forcément un bon présage…

AMITYVILLE – Andrew Douglas

Il y a certains films dont la seule hypothèse d’un remake engendre les pires craintes. Amityville fait partie de ceux-là ! Alors que Michael Bay est tout heureux de son relooking très réussi du mythique Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, il se met en tête de remettre au goût du jour tous les classiques de l’horreur qui ont bercé son enfance. La célèbre maison hantée vient donc logiquement à la suite du remake de Marcus Nispel et Bay, conscient du potentiel vendeur des films de fantômes lancés par les Ring et compagnie, se dit qu’une ghost story 100% ricaine ferait bien l’affaire au box office. Pour cela, Mr Transformers fait appel à Andrew Douglas qui hélas ne parviendra jamais à retrouver l’atmosphère du Amityville original. Pourtant la série ayant connu un nombre de suites incalculable, toutes plus mauvaises les unes que les autres, il s’agissait d’excellents modèles de choses à ne pas faire… Aussi, le choix d’imposer au spectateur une vision fantastique au lieu de le laisser dans le doute complet quant à la véracité des évènements semble être la décision la plus stupide de ce remake… A grands coups d’apparitions spectrales d’une gamine, décidément très en vogue quant à la formule effrayante de l’époque, le réalisateur insiste sur le fait d’un monde maléfique parallèle et nous sommes d’emblée dans l’horreur pure au lieu de nous permettre d’être juge d’une potentielle malédiction. Bay, se rappelant que le Amityville d’origine était basé sur des faits réels, nous refait la parade des fausses coupures de presse et de témoignages plus foireux les uns que les autres. Pourtant le film se présentait sous les meilleures intentions en nous présentant un Ryan Reynolds humain et réaliste qui, pour une fois, semblait habité par son personnage (du moins pendant les premières vingt minutes !). Cette version épouvantablement drôle aura au moins le mérite de redonner envie de voir l’original !

FOG – Rupert Wainwright

En 2005, l’incroyable John Carpenter est dans le doute le plus profond : ses deux derniers films (Vampires et Ghosts of Mars) sont des semi-échecs commerciaux et peu de revenus rentrent finalement dans les caisses. Soucieux de pouvoir lancer son projet (avorté depuis) du 13th Apostle, Big John se dit que lui aussi pourrait profiter de la vague des remakes abusifs et propose une relecture moderne de l’un de ses chefs d’œuvre de jeunesse, à savoir le très bon Fog. Le réalisateur, conscient du risque plus que prévisible d’une reprise inappropriée, se poste à la production et s’entoure d’une équipe qui ne pourra que moins bien faire que lui et ainsi ne pas dépasser la réussite de son film. Aussi il confie la réalisation à Rupert Wainwright et regroupe un casting recruté sur les plateaux de séries teenages à succès : Exit donc l’enthousiasme de Jamie Lee Curtis et place à Maggie Grace tout juste dévoilée par Lost, bientôt rejointe par Tom Welling, le Clark Kent de Smallville, qui prouve qu’il est bien l’acteur d’un seul rôle. Alors que Carpenter tentait, il y a plus de vingt ans, de combler les lacunes techniques et financières de son métrage par une maîtrise absolue de l’espace et de la narration, son remplaçant décide d’exploiter à fond le potentiel de la technologie numérique et ne s’embarrasse plus ni des difficultés à gérer un brouillard (maintenant totalement virtuel) ni celles de rendre crédibles des pirates fantômes, au contraire il use à tout va de procédés dénaturant totalement le charme de son prédécesseur… Un véritable carnage donc que même le maître refusera d’assumer pleinement, reconnaissant volontiers le but intéressé de l’entreprise ! Bref, un remake pas forcément inutile, mais tellement mauvais qu’il garantira une longue sieste à quiconque s’aventurrea dans les méandres de ce brouillard…

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