Daesh a perdu du terrain mais pas sa puissance de feu, qui reste intacte, a prévenu le Pentagone ce mois-ci. Les milliers de combattants bien entraînés restent en contact avec les cellules dormantes de l’Occident et avec une longue liste de groupes djihadistes agissant comme franchisés au Pakistan, au Yémen, en Libye, en Égypte et en Libye. L’action et l’inspiration de l’État islamique a atteint les Philippines, la Malaisie et l’Indonésie, et en Afrique noire, elle s’étend d’un océan à l’autre, dans presque tous les pays à forte population musulmane.

La tactique de l’État islamique

Une grande partie du charisme et de l’éblouissement produits par Daesh dans les milieux islamiques radicaux a été perdu, mais pas sa volonté de victoire finale. La tactique de l’État islamique, distincte de celle d’al-Qaïda, passe d’abord par le contrôle du monde musulman. Dans son blog, les attaques terroristes en Occident sont désormais secondaires et sont presque confiées à des loups solitaires, qui se présentent comme des martyrs inspirés par Daesh.

Pour l’islamisme né à la fin des années 1920 en Egypte avec les Frères musulmans, et qui a son prophète à Sayyid Qutb, pendu en août 1966 par Nasser, la lutte commence sur le territoire du Coran. Les juristes musulmans l’appellent Dar-al-Islam, la maison de l’Islam, où la loi islamique, la Charia, doit être appliquée à la lettre, et où tout bon musulman a le devoir de renverser les despotes orientaux accommodants, qu’il considère apostats. Pour les érudits radicaux, à côté de Dar-al-Islam, Dar-al-Harb représente la maison de la guerre, le territoire mondial habité par les infidèles, où le jihad, la guerre sainte, sera également transféré en temps voulu.

De nouvelles opportunités

Ni Daesh ni les autres groupes armés islamistes n’ont renoncé à cette interprétation radicale et hallucinante du Coran, qui évolue sur trois niveaux de discrimination : discrimination entre musulmans et non musulmans, entre hommes et femmes, et entre libres et esclaves. Cette dernière division, longtemps obsolète, a été rééditée par Daesh en Irak avec la communauté Yazidi.

Le djihad de Daesh retourne à la clandestinité et est forcé de changer de stratégie. Deux facteurs peuvent contribuer à sa croissance sur cette nouvelle voie. D’une part, la décision obstinée du président Trump de retirer ses forces militaires au Moyen-Orient, à commencer par la Syrie et l’Irak, où il considère que l’élimination du califat rend la présence américaine inutile. Trump, en tant que champion de America First, n’est obsédé que par la force de ses frontières, et préfère dépenser argent et énergie sur le mur avec le Mexique plutôt que sur la menace djihadiste lointaine.

D’autre part, l’entrée de la Turquie dans l’échiquier régional offre de nouvelles opportunités aux jihadistes. Le régime turc joue le tour de ses trois millions de réfugiés syriens pour se présenter comme l’acteur principal, et négocie avec la Russie et l’Iran une répartition des influences. Le président Trump croit que Tayyip Erdogan est un islamiste modéré, qui combattra Daesh et ses franchises, mais il a tort. La seule obsession d’Ankara est de créer un plug en Syrie contre les Kurdes. Dans le passé, la Turquie a servi de sanctuaire aux djihadistes régionaux, et Erdogan, qui a proclamé “nos minarets seront nos baïonnettes, affiche l’islamisme quand il s’y intéresse.

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