Qui est l’acteur Famie foxx

Publié par emma le septembre 22, 2018 | Maj le octobre 6, 2018

Jamie Foxx au fil de sa carrière s’est imposé comme un acteur intéressant car à chaque rôle, il se remet en question, explore une autre piste. Il livre à chaque fois de véritables compositions souvent assez impressionnantes (comme dans Ali ou Ray). Depuis qu’il a été révélé par L’enfer du Dimanche d’Oliver Stone, il n’en finit pas de surprendre. Il livre des grandes performances à l’américaine (rappelant de Niro dans Raging Bull, dans la plus pure tradition du « method acting ») n’hésitant pas à se transformer radicalement pour incarner un personnage.

Il n’est en tout cas jamais où on l’attend, passant de Furtif à Jarhead, du très mineur Les maîtres du jeu à l’immense Collateral. Sa carrière et les différents aspects de son jeu vont être évoqués ici à travers ses films majeurs où il s’est souvent transformé, a pris son image à contre-pied, alors qu’on va le découvrir dans Dreamgirls en manager roublard et sans vergogne. Dans tous les registres il a su trouver la note, marquer ses rôles parfois proches de stéréotypes ou franchement casse-gueule, d’une touche personnelle et d’une compréhension profonde qui les a rendus simplement justes et assez marquants.

L’ENFER DU DIMANCHE

Dans ce film, Oliver Stone déploie toute sa virtuosité de mise en scène pour réussir le périlleux exercice du cinéma approchant le sport (produisant souvent des déceptions). On pouvait craindre que les acteurs soient noyés dans cette sauvage démonstration de montage furieux, à la Tueurs nés. Pourtant Al Pacino y trouve son meilleur rôle de la dernière décennie (il est rarement aussi bon que dans la tension et la fureur précisément) et on découvre Jamie Foxx, dans un rôle qu’on aurait pu craindre stéréotypé : le jeune footballeur aveuglé par la gloire et qui prend la grosse tête. Déjà, tenir sa place et exister devant Pacino le vieux fauve est un exploit en soi.

On commence par voir Jamie Foxx dans la peau du second remplaçant du quaterback vedette incarné par Dennis Quaid (grand acteur ici monumental), bref un athlète de troisième zone qui avait très peu de chances de connaître son quart d’heure glorieux aussi vite. Son entrée est catastrophique puisque, écrasé par la pression, il vomit sur le terrain. Mais il réussit tout de même une passe décisive et se fait remarquer. Et la machine médiatique s’emballe, s’empare du jeune homme jusqu’à lui donner le vertige, le propulse comme un météore aussi étincelant qu’éphémère. Car les médias sont versatiles et nous suivons la gloire et la disgrâce de ce jeune athlète en accéléré, on l’oppose au vieux lion, « le coach de l’âge de pierre » dans ces rivalités de pacotille dont la presse est friande. Le jeune homme d’abord simple et un peu dépassé, se fait bouffer par cet ogre qui se nourrit de mythes jetables. Il devient un frimeur et un poseur infâme, ivre d’orgueil, mégalo jusqu’à tourner des pubs et des clips de rap à sa gloire. Bref la jeune sensation pète les plombs, dispense sa sagesse sur les plateaux télé, est lâché par ses coéquipiers qui se chargent de lui rappeler que sans eux il n’est rien.

Dans ce voyage initiatique, Jamie Foxx passe donc de l’anonymat le plus complet à l’apaisement après la tempête médiatique à sa gloire. En même temps que l’on découvre son personnage sortir de l’ombre, on découvre la sensibilité de l’acteur, capable d’être touchant dans l’incrédulité à se retrouver sous les projecteurs et horripilant par la suite à force de prétention. D’une certaine manière, dans ce rôle, on a un avant goût de ce qu’il fera par la suite. Il dépasse le cliché et saisit la complexité de ce personnage à l’arc pourtant assez basique et qui aurait pu rester littéral. Il le rend humain. On comprend l’arrogance de sa jeunesse et de son inexpérience, son agacement devant le vieux coach donneur de leçons, son ivresse des sommets, et sa chute. A aucun moment on ne le condamne.

C’est autant l’évolution de son personnage que celle de Pacino qui structurent le film et ils forment ici un très beau duo d’acteurs. Ce qui sera d’ailleurs souvent le cas par la suite pour Jamie Foxx, cette belle complémentarité avec ses partenaires (avec Will Smith dans Ali, Tom Cruise dans Collateral et Colin Farrell dans Miami Vice).

ALI

Premier épisode de sa grande collaboration avec Michael Mann qui va véritablement révéler la richesse de jeu de l’acteur, Ali est aussi la première fois où Jamie Foxx se transforme pour incarner l’entraîneur du boxeur, Bundini, jusqu’à être méconnaissable. Enfin entraîneur, c’est beaucoup dire, plutôt coach totalement allumé, motivant « the greatest of all time » en lui soufflant des slogans comme « Vole comme le papillon, pique comme l’abeille, bats toi jeune homme, bats toi » (ça donne mieux en anglais mais je pense aux non-anglophiles). Bref, un exalté de première, pour ne pas dire un allumé notoire, auteur de maximes souvent frappantes mais aussi quelquefois totalement incongrues dans le contexte d’un combat de boxe (« Dieu ne regarde pas, il n’y a que nous »), mais le bougre savait galvaniser le champion.

Le rôle promettait donc d’être haut en couleurs. Ne voyant que cet aspect pittoresque et sans finesse, il aurait pu frôler la bouffonnerie ou la caricature (ce qui eut été injuste). Mais Michael Mann vise avec ce biopic le naturalisme absolu. Will Smith a été entraîné comme un boxeur véritable, a suivi des cours de diction et aussi de religion pour se familiariser avec la dimension spirituelle d’Ali. Le réalisateur et son acteur principal ont d’ailleurs renoncé à leurs cachets respectifs, conscients de l’importance du projet et ne tolérant aucun impératif qui viendrait nuire à l’intégrité de leur vision. Le film et toute la distribution sont à la hauteur de cette exigence (Jon Voight est par exemple incroyablement investi dans son rôle). Jamie Foxx, faisant partie de l’entourage du boxeur, livre une composition exemplaire et audacieuse.

L’acteur porte ici des montures épaisses et s’est rasé le sommet du crâne pour ressembler à son modèle dégarni. Il adopte un débit de voix exalté, une voix de prêcheur à la fois totalement habité et un tantinet plaintive. Il use aussi d’un jeu très expressif, presque clownesque, à base d’une expressivité appuyée mais toujours consciente d’elle-même, touchante aussi, rythmant les moments forts du film et des combats d’Ali. Car son personnage est plein d’humour et d’autodérision en contrepoint aussi aux profonds engagements du boxeur et à son intransigeance. Il est le contraire d’Ali, amateur d’alcool, de porc, de femmes blanches et surtout athée. Un peu une image de Sancho Panza, viveur, terre à terre, pittoresque et un brin abject. Mais il chute et sombre en même temps qu’Ali. Il connaît la disgrâce, la misère noire, la dèche, la drogue, la déchéance absolue, jusqu’à se faire renier par son boxeur (après qu’il ait mis sa ceinture de champion au clou pour se payer un fix).

Et là dans ce bouffon aux enfers, Foxx livre l’un des moments les plus émouvants du film, dans le spectacle de cet homme brisé qui tente de donner le change, d’une faiblesse bouleversante et pathétique qui fait de lui bien plus que cet homme qui lâche ses sentences autour du ring. Et dans cette scène on tient ce sens de la nuance et de la suggestion que sait dégager Jamie Foxx, à débiter des répliques usées, à tenter d’être celui du temps de sa splendeur sans y parvenir, jusqu’à revenir en gloire, comme un beau reflet de ce qu’Ali lui-même accomplit dans le film. Foxx livre donc une très belle performance dans un second rôle indispensable, inattendu et complexe (très pittoresque mais finalement très torturé puisque sa vie ne tient que par la boxe).

COLLATERAL

Dans un Los Angeles nocturne, on suit la virée d’un tueur à gages qui a entraîné dans sa nuit de « travail » un chauffeur de taxi obligé de le conduire alors qu’il accomplit sa funeste tâche en éliminant les cibles qu’on l’a chargé d’effacer. Jamie Foxx est ce pauvre chauffeur et Tom Cruise trouve là son dernier beau rôle, avant qu’il ne devienne l’égomaniaque acteur-producteur scientologue de MI 3, prouvant qu’en dehors de ses défauts, il est aussi un bon comédien. Jamie Foxx est une fois encore le parfait contrepoint au personnage particulier de Tom Cruise en interprétant le citoyen moyen, un peu terne, le type normal qui rêve de s’évader de son job temporaire depuis douze ans. Bref, un monsieur tout le monde embarqué avec un tueur à gages, alors que la nuit s’annonçait si bien lorsqu’il a offert sa course à une belle procureur qui lui a donné son numéro. Ce n’est pas sa nuit au final, et il peut être la victime collatérale des méfaits de son affreux passager.

Là Jamie Foxx ne subit pas de transformations physiques spectaculaires (c’est Tom Cruise qui s’est teint les cheveux en gris, j’avoue que la raison m’échappe mais ça rend bien à l’écran). Il joue le type commun, débrouillard, consciencieux dans son job (il est le chauffeur de taxi idéal qui ne vous arnaque pas sur la course et vous fait gagner du temps). Il est contraint à l’extraordinaire, à endosser un rôle qui n’est pas le sien pour échapper aux griffes de son ravisseur (car il s’agit finalement d’un enlèvement) et l’empêcher d’aller jusqu’au bout de la nuit et de remplir son contrat. Pour cela cet homme ordinaire doit se surpasser, enfreindre des lois qu’il a toujours respectées. On sent dans ce personnage quelque chose d’une honnêteté normale et profonde, un gars intègre qui joue toujours selon les règles, comme beaucoup de monde, et qui est obligé d’abandonner son chemin tout tracé.

Et ce que fait passer Foxx, c’est le dilemme que cela entraîne en lui, la profonde déchirure entre l’homme intègre qu’il a toujours été et ce qu’il est obligé de faire pour voir l’aube prochaine et s’en sortir vivant. Il ne devient en aucun cas un super héros. Il est simplement un homme normal à cran et poussé dans ses derniers retranchements, un héros malgré lui comme les affectionne Michael Mann (Russel Crowe incarnait déjà ce type dans un autre genre, celui de Révélations). Encore une fois la collaboration entre l’acteur et le réalisateur donne un grand film.

Foxx comprend intimement ce que son personnage traverse et lui insuffle une humanité profonde, nous le rend infiniment proche. On se met à sa place, on ressent son angoisse. Dans ce personnage qui au début ne se distingue que par sa banalité, Foxx prouve qu’il est aussi capable d’un jeu extrêmement subtil qui suggère beaucoup de chose dans sa voix et dans son visage à la grande expressivité. C’est ce qu’il oppose au personnage glacé et inexpressif de Tom Cruise. Ils forment ainsi un duo parfaitement complémentaire qui devient l’argument du film.

RAY

Il arrive assez rarement qu’un acteur s’efface totalement, que devant un film biographique, on oublie l’acteur et sa performance pour ne voir que la figure souvent majeure et célèbre qu’il incarne. Le plus proche de cela a été Val Kilmer quand il incarnait Jim Morrison. Par moments, on voyait Morrison. Ici c’est pendant tout le film qu’on voit Ray Charles, jusque dans les moindres détails. Ce n’est qu’à la fin du film, dans une séquence onirique que l’on se dit « ah oui, c’est Jamie Foxx ». Mais on se laisse littéralement abuser. Dans d’autres cas, on voit des acteurs habités par leur rôles et qui ne leur ressemblent pas forcément : Joaquin Phoenix dans Walk the Line ou Will Smith dans Ali. Quelque part dans le subconscient, on admire toujours la performance. Malgré le fait que l’on ait grandi avec Ray Charles, sa musique et son image à l’esprit (omniprésente car il est avec des gens comme Bob Dylan l’un des grands génies de la musique américaine moderne, toutes tendances confondues). Le pari était honnêtement risqué et impossible. La performance de Jamie Foxx dans ce film est à couper le souffle. C’est même au delà de l’imitation. Il est Ray Charles. Dans la gestuelle, dans la voix, dans l’apparence. A aucun moment (sauf ce court moment à la fin), l’illusion ne se brise.

Pour incarner le « genius » à ce point, Jamie Foxx a utilisé pendant tout le tournage des prothèses qui lui masquaient la vue, pour ressentir ce que c’était qu’être aveugle. Il a été approuvé par Ray Charles lui-même, qui exigeait avant tout de l’acteur qu’il connaisse la musique. Par chance, Foxx a suivi une formation musicale et connaît son solfège. Le musicien légendaire était impliqué dans l’écriture du script pendant tout le tournage et a eu la chance d’avoir une idée du produit fini avant sa mort. Pourtant Foxx a préféré ne pas trop le côtoyer pour ne pas tomber dans le mimétisme et s’imprégner du vieux Ray. Il en livre donc son interprétation à partir des disques et des documents de l’époque du film du début de sa carrière à son combat contre la drogue et ses démons.

Il joue son personnage sur un double tableau, tel que Charles était connu. De prime abord, il a une naïveté et une candeur qui disposaient favorablement les gens à son égard, ce qui leur laissait croire qu’ils pouvaient le manipuler à leur guise (lui appelait ça « jouer au péquenaud »). Il cachait ainsi une vive intelligence, une ruse certaine alliée à un sens des affaires aiguisé (il fut le premier artiste à posséder ses masters, c’est à dire à s’émanciper de l’emprise des maisons de disques, faire ce qu’il voulait tout en ayant des contrats en or). Avec surprise, on découvre aussi la face plus controversée de Ray Charles, sa dépendance à la drogue et ses multiples aventures extraconjugales.

C’est assez surprenant car le chanteur était impliqué dans l’écriture du script et l’a validé. Il lui donne une image moins consensuelle que celle qu’on a habituellement de lui. Mais comme le disait Larry Flynt lisant le script de son biopic réalisé par Milos Forman, « il y plein de choses qui me dérangent là dedans, mais qu’est ce que je peux y faire, elles sont vraies ! ». Le personnage a donc sa part d’ombre, marqué et traumatisé par la mort de son frère cadet quand il était enfant. L’histoire du film est avant tout celle d’un homme qui tente de s’émanciper de ce passé qui le hante. Dans la gloire, les femmes, la défonce, il tente de chasser son démon et manque de s’anéantir, d’y sacrifier tout ce qu’il a pu construire par la musique.

L’icône se laisse donc écornée et en ressort grandie, offrant son plus beau rôle à un Jamie Foxx impressionnant. Génial dans les séquences musicales (pourtant en playback, mais il est si synchrone qu’on ne le remarque jamais), malicieux dans les scènes liées au business, baratineur et charmeur avec les femmes de sa vie, incroyablement intense dans les scènes de douleur et de manque. Bouleversant souvent et d’une présence incroyable dont on ne sait plus guère si c’est la sienne ou celle du glorieux musicien,il touche au sublime du jeu d’acteur qui se fait totalement oublier et impose son personnage dans son authenticité et rien d’autre. C’est une réussite assez rare et franchement troublante.

JARHEAD

Dans ce film de guerre ironique sur la première guerre d’Irak, Sam Mendes revisite le genre et en fait un discret détournement. On y retrouve les grandes références (Apocalypse now, Full Metal Jacket et surtout MASH). Seulement, le problème c’est que dans cette guerre, le marine qui a suivi toutes les formations « classiques » finit par s’ennuyer ferme car il ne voit aucune bataille, ne parvient à tirer aucun coup de feu, et doit tromper le temps et la frustration comme il peut (en s’hydratant et en se masturbant régulièrement par exemple).

Jamie Foxx joue le rôle d’un sergent chef chargé de former son unité et de préparer ses hommes à ce qu’ils sont censés affronter dans le désert. Il reprend la prière classique (et légendaire) déjà présente dans Full Metal Jacket : « ceci est mon fusil, il y en a beaucoup comme lui mais celui ci est le mien… ». Il est profondément convaincu par sa fonction, totalement investi dans sa responsabilité (voire carrément embrigadé), absolument imperturbable, même quand les exercices qu’il ordonne confinent au ridicule (jouer au football avec des masques à gaz, faire jouer du clairon au héros sans clairon). Il a sa mission très à coeur, et la remplit avec une conviction fière et inébranlable. Là où l’instructeur de Full Metal Jacket était une caricature, le personnage de Jamie Foxx qui présente le même degré d’implication, la même dévotion absolue et aveugle à l’égard de son armée, est cependant beaucoup moins marqué que l’instructeur de Kubrick et a un visage humain. Ce n’est pas lui qui est absurde mais le système qu’il sert.

Jamie Foxx exprime le premier degré absolu de ce personnage en une dimension. Pourtant, on sent chez lui un soupçon de sympathie qui l’humanise, alliée à son engagement inconditionnel et profond. On voit sa fierté lorsqu’il parle aux équipes de télé, la foi profonde qu’il a en ce qu’il fait au moment où il s’en ouvre au héros au pied des puits de pétrole en flammes. Mendes et Foxx ont l’intelligence inédite de ne pas en faire un archétype, un bouc émissaire qui cristalliserait le ridicule d’un système. Il n’est pas une tête de massacre. Foxx a cette dimension là, même dans un rôle qui normalement n’attire pas la bienveillance, il parvient à le rendre humain et vraisemblable, hors des outrances dont il pourrait fort bien se servir pour l’incarner, il parvient à faire comprendre son personnage.

Même s’il est secondaire dans le film, il est assez révélateur de l’approche psychologique assez raffinée de Jamie Foxx, même quand il est censé incarné un « type », un cliché. Il parvient à en trouver l’authenticité et la justesse. Il n’incite pas au jugement.

MIAMI VICE

Il s’agit là de la troisième collaboration entre Jamie Foxx et Michael Mann. On espère qu’il y en aura d’autres tant cette alliance produit de grands films. Le réalisateur revisite ici la série culte qu’il avait produite dans les années 80. Seulement, brimé par les impératifs de la télévision, il n’avait pu en donner une vision aussi mature et frappante qu’il l’aurait souhaité, aussi authentique.

C’est un souci constant dans son cinéma de coller à la réalité tout en la stylisant. On assiste donc à des séquences de pure frime, les voyages en hors bord ultra-rapides, les flics dans une Ferrari décapotable, les dialogues parfois un peu cheap qui rappellent la série. Mais à côté de cela, il y a les plus belles scènes d’action que l’on aient vu récemment au cinéma, de véritables « claques », brutes de décoffrage et magistralement mises en scène avec ce traitement si particulier, ce nouveau regard plus libre et plus dynamique que le tournage en HD permet. Tout cela prouve, si on en doutait encore, que Michael Mann est un très grand réalisateur.

Il a exigé une fois encore de ses acteurs un entraînement intensif, immersif, suivant les missions des agents infiltrés au plus près, les mettant en situation pendant trois mois, avec séances de tir. Parfois même au plus près du danger pour leur faire ressentir la pression, en les faisant participer à des opérations réelles. On reconnaît ici la rigueur du réalisateur et l’investissement absolu qu’il exige de ses acteurs. Malgré un tournage mouvementé (problèmes de Colin Farrell, une fusillade sur le plateau…), Miami Vice est une grande réussite, surpassant la série dont il est inspiré dans son absence de compromis et son traitement énergique et rude.

Jamie Foxx incarne donc ici un personnage concentré et dans une tension permanente, tout en intériorité, assez éloigné des tourments de son partenaire Colin Farrell et de son amour impossible avec Gong Li. C’est un aspect du jeu de Foxx qu’on a assez rarement vu, cette sobriété et cette retenue. Il campe ici un flic extrêmement sérieux et tendu vers l’enjeu de sa mission. Même lorsqu’elle l’atteint personnellement à la fin, il ne peut exprimer son inquiétude, il doit la mener à bien avant tout. Par lui on ressent toute la pression de ces flics infiltrés, tout ce qu’ils doivent cacher. Par Colin Farrell, on en ressent plus directement le danger. Un rôle presque effacé, un rôle de fond, car la storyline de Sonny Crockett prend clairement le pas sur la sienne. Pourtant, c’est par Jamie Foxx que l’on saisit la gravité des enjeux et le sang froid qu’il faut pour les affronter. Ce qui donne encore un très beau duo.

A travers l’évocation de ses films marquants, on se rend compte qu’il y a peu de registres que Foxx ne saurait incarner, peu de rôles qu’il ne saurait épouser, peu d’enjeux qu’il ne saisirait point ou qui ne passeraient pas dans la composition de ses personnages.

Encore une fois, comme c’est souvent le cas lorsqu’on parle de grands acteurs, et c’est particulièrement approprié pour lui, l’analogie musicale est de mise. Il joue parfaitement sa partition qu’il soit en solo (pour Ray) ou comme partie d’un grand ensemble (comme Ali et Dreamgirls). Il fait ce que le rôle exige de lui pour servir le film en grand professionnel. Il est rarement pris en flagrant délit de cabotinage. Il est dans la justesse, en permanence, grimé ou pas.

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