La Vie sans principe de Johnnie To (2012)

Publié par emma le juin 10, 2018 | Maj le juin 10, 2018

Après avoir démonté, en deux superbes films, (Election 1 et 2) la logique capitaliste qui pousse les triades et les hauts fonctionnaires chinois à se partager, main dans la main le territoire chinois, Johnnie To monte d’un cran dans la hiérarchie criminelle et pose sa caméra en la tournant vers le secteur bancaire responsable de la crise financière globale. Tout autant passionné par le jeu, que par la logique mathématique, To jette aujourd’hui ses dés dans cet immense casino qu’est devenu le monde libre.

Le film La Vie sans principe

Synopsis : Teresa, employée de banque ordinaire, incite ses clients à faire des investissements risqués pour remplir ses objectifs financiers.  Panther, escroc à la petite semaine, plonge dans le monde de la spéculation boursière dans l’espoir de gagner facilement de l’argent pour payer la caution d’un de ses amis qui rencontre quelques soucis avec la justice. Enfin, l’inspecteur Cheung est un flic honnête. Jusque-là satisfait de son modeste train de vie, il a tout à coup un besoin d’argent criant lorsque sa femme verse un acompte pour acheter un appartement luxueux au-dessus de leurs moyens. Tout sépare ces trois personnages jusqu’à ce que leur rapport à l’argent – et un mystérieux sac contenant cinq millions de dollars volés – les poussent à prendre des décisions cruciales malgré leurs cas de conscience. Trois vies bouleversées par le monde turbulent de Hong Kong, en plein marasme économique et financier.

Disciple de Jean-Pierre Melville, il ne cherche pas le spectaculaire, mais joue des temps morts et du suspense. il organise son film pour que les numéros gagnants ne puissent pas sortir avant la toute fin du film. La Vie Sans Principe est un puzzle dont les pièces proviennent d’un casse-tête chinois. Après avoir réalisé une bonne cinquantaine de films, Johnnie To maitrise suffisamment son art pour imbriquer dans un même film le thriller et le drame social tout autant que la comédie et la romance avec brio. Un film somme, en quelque sorte, de son œuvre impressionnante (PTU, Breaking News, Yesterday Once More, Sparrow, et les deux Elections pour ne citer qu’eux). La Vie Sans Principe est un film dense et riche qui par sa structure et la thématique qu’il aborde (la finance internationale) peut rebuter, mais passionné et sûr de lui le cinéaste semble faire confiance en la sagacité de ses spectateurs.

La grande force de La Vie Sans Principe est d’évoquer la crise financière non pas a travers les yeux d’un trader (Wall Street) ou d’un ouvrier (Guédiguian, Loach) mais en déroulant progressivement tous les maillons de la chaine. Loin du film à thèse, son film ne juge pas ses personnages et si il laisse penser qu’il y a dans le chaos financier mondial, toujours des moyens de tirer son épingle du jeu; il reste fataliste, n’y voyant aucunement la solution. Il rend ainsi tangible une situation que l’on subit tous et que l’on pense être sans contrôle.

Il faut maintenant revenir sur le titre du film qui met la lumière sur le sentiment que tente d’exprimer Johnnie To. Faisant allusion à l’essai philosophique du même nom de l’activiste américain Henri David Thoreau, le réalisateur se fait étonnamment optimiste. Dans cet ouvrage le père de la Désobéissance Civile donnait quelques principes de vie permettant, selon lui, de rendre le monde meilleur. Non en imposant une idéologie (voire une religion) par la force ou la ruse publicitaire, mais par une prise de conscience individuelle de l’importance de nos actes quotidiens sur l’avenir de l’humanité. Un humanisme sans faille qui fait le pari d’un changement radical dans la durée, grâce à ces principes. Autrement dit, Jonnie To semble vouloir dire, avant de vouloir reprendre le contrôle de la finance globale il faudra, avant tout, reprendre le contrôle de nos vies.

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