JJ Abrams concepteur de phénomènes

Publié par emma le septembre 22, 2018 | Maj le octobre 6, 2018

J.J Abrams est un maître en manipulation. Aux première images de Cloverfield distillées au compte gouttes, il a su attiser la curiosité. On murmurait « mais qu’est ce que c’est que ce truc ? ». L’homme sait susciter l’attente, voir la fébrilité, éveiller l’impatience sur ses projets divers et ses concepts novateurs et alléchants que ça soit à la télévision ou au cinéma. Qu’on apprécie la méthode ou pas, elle est irrésistible et diablement efficace, conçue pour être addictive, comme une première cigarette. Qui a regardé le pilote d’Alias, de Lost, la bande annonce de Mission impossible 3 voudra nécessairement en voir plus. Même si les fantasmes qu’il soulève, la multiplicité de possibilités qu’il envisage sont souvent beaucoup plus enthousiasmantes que la manière dont il les résout, la mécanique de J.J Abrams est bien huilée, irrésistible.

Mais qui est JJ Abrams

Voici un homme de talent qui a créé des concepts novateurs avec suffisamment d’opportunisme pour devenir incontournable. Il mélange savamment les genres et les univers et livre des oeuvres accrocheuses, trépidantes, audacieuses. Il allie un sens implacable du teasing et du marketting (qui n’est pas sans rappeler George Lucas) à une créativité, un instinct capable de saisir tout ce qui peut fasciner et scotcher une audience. Il est l’efficacité incarnée, sans cesse en activité. Il est l’initiateur de deux séries en 2008, Fringe (un projet dans la lignée d’X-files) et Anatomy of hope (qui évoque des gens atteints de cancer, qui à force d’espoir parviennent à combattre leur maladie). Le créateur s’impose sérieusement au cinéma après Mission impossible 3, et le coup qu’il réussit avec Cloverfield plus un film de Star Trek qu’il va réaliser l’imposent comme un créateur protéiforme et intéressant, oeuvrant sur tous les supports avec un sens impressionnant du divertissement.

La marque d’Abrams est le mélange des genres, il peut glisser des moments légers dans une histoire grave (la fête chez Ethan Hunt avant qu’il ne parte pour sa mission impossible). En tant que scénariste il commença par signer des projets aux antipodes les uns des autres. Il débutee par une comédie, Filofax, avec James Belushi, où un évadé de prison peut vivre l’existence d’un riche homme d’affaires. Il a également signé A propos d’Henry de Mike Nichols avec Harrison Ford, où il posait un regard sensible et un brin mélo sur un avocat frappé d’amnésie. Il signe ensuite le script de Forever Young, encore un mélo certes, mais teinté de science fiction, avec un Mel Gibson congelé en 1939 puis décongelé en 1992. L’homme est du coup relativement déboussolé car il veut vivre sa vie d’avant. Cela est un premier signe de ce qui fera la patte conceptuelle d’Abrams, baser une histoire riche en émotions sur une base totalement improbable. Le film en lui-même n’a rien de transcendant mais est réellement touchant. Abrams aimera aller parfois très loin dans l’émotion pour donner de la profondeur et de la consistance à ses personnages, principalement pour ne pas les enfermer dans un genre (Il va parfois jusqu’à l’excès larmoyant comme ça sera le cas dans Alias et Lost). Il est aussi l’auteur d’Armageddon, blockbuster par excellence, mais non dénué d’une certaine sensibilité. Attention, les effets sont lourds, les ficelles bien grosses, mais le sacrifice de Bruce Willis et l’émotion de Liv Tyler, bien que très pompiers, sont, avouons-le d’une redoutable efficacité. Même si tout cela reste stéréotypé au possible, mis en scène par Michael Bay (dont le principal talent n’est pas d’atténuer les poncifs), force est de reconnaître que c’est du bon pop-corn (un peu lourd et oubliable mais c’est après tout ce qu’on en attendait).

Le vrai virage dans la carrière de J.J Abrams, son identité profonde, il la trouvera en changeant de medium et en se consacrant à développer l’univers de séries télé novatrices et de plus en plus surprenantes, imposant mine de rien une nouvelle forme de narration qui enchaîne les rebondissements rocambolesques, de manière à maintenir son spectateur en haleine et la mâchoire par terre le plus longtemps possible. Il commence doucement par une série fort sympathique, Felicity, calibrée pour les ados qui relate avec une certaine justesse les amitiés et les amours de cet âge compliqué. La jeune fille évoluera donc à la fac de New York où elle doit se construire. Cette même ambiance de campus, proche des teenage movies américains, se retrouve dans un aspect de sa série suivante, un premier coup de maître intitulé Alias.

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