Un homme sans volonté de Marc Desaubliaux

CultureUn homme sans volonté de Marc Desaubliaux

Dans “Un homme sans volonté”, Marc Desaubliaux fait découvrir aux lecteurs l’envers du décor chez les familles de “la haute”. Preuve que “l’argent ne fait pas le bonheur”, il décrit les miasmes de la psychologie de Louis, éternel adolescent ayant laissé s’écouler sa vie sans jamais prendre de véritables décisions.

Mediacritik : Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Marc Desaubliaux : Je suis né en 1953 à Paris. Je suis marié et père de trois grands enfants. J’ai suivi des études de droit, d’histoire et d’histoire de l’art. J’ai passé toute ma carrière dans la fonction publique avant de démissionner du ministère de la Défense, il y a dix ans, car mes livres commençaient à marcher.

Initialement, j’avais une formation de musicien assez poussée. Je composais des musiques de chambre. Mais à un moment, je me suis trouvé dans une impasse. Je n’avais plus rien à dire à travers la musique. C’est là que l’écriture est arrivée. J’avais besoin de m’exprimer, mais dans mon milieu social, l’écriture était très mal vue. Mon père me disait toujours : “Lire des livres, c’est formidable. En écrire chez nous, jamais !”. Donc je me suis débrouillé autrement. J’avais peu de temps, entre mon travail et les enfants, alors j’écrivais au ministère, à l’heure du déjeuner et le soir.

Dans “Un homme sans volonté”, la thématique de la frustration est omniprésente. Elle balaie tous les pans de la vie de Louis, le personnage principal. Dans votre précédent roman, “Un été anglais”, vous traitez de la culpabilité. Les émotions les plus sombres sont-elles pour vous plus intéressantes à explorer ?

Je dois avouer que je suis assez démuni devant les histoires heureuses. Même dans les films ! J’aime beaucoup aller au cinéma, les films m’inspirent, mais les histoires heureuses me laissent souvent sur ma faim. Je ne sais pas pourquoi, mais je préfère les histoires tristes.

Vous y décrivez aussi longuement les turpitudes de l’adolescence et de la vie de jeune adulte. Il s’agit là d’un thème récurrent dans vos romans…

Quasiment tous mes livres ont porté sur l’adolescence. J’ai toujours considéré que cette période était un moment extrêmement important de la vie. Ça passe ou ça casse. Lorsqu’on regarde autour de soi, on réalise que les gens ont toujours quelque chose d’adolescent au fond d’eux. Ceux dont l’adolescence s’est bien passée sont généralement épanouis, alors que les autres… Mais cela s’explique : c’est une époque où on fait des choix, on décide qui on veut être, ce que ne fait pas mon personnage, Louis. Il est incapable de choisir. Il reste un éternel adolescent, un boulet transporté à droite à gauche par les flots, incapable de se prendre en charge.

C’est d’autant plus vrai que Louis, issu de la très haute bourgeoisie, ne manque pas d’argent. Pourquoi avoir choisi cet univers ? Est-ce un milieu qui vous est familier ?

Ancrer Louis dans ce milieu est une façon de montrer que l’argent ne fait pas le bonheur. Louis aurait probablement été plus heureux dans un milieu beaucoup plus simple. Le fait que l’argent ne coule pas à flots l’aurait obligé à se secouer !

Je présente la famille de Louis comme étant bonapartiste. De mon côté, j’ai des ancêtres qui ont été ministres de Napoléon III. Un autre était secrétaire particulier d’Eugène Rouher, le bras droit de l’Empereur. Notre famille s’est ensuite éloignée de ce milieu, mais il existait toujours des passerelles. Je les voyais, j’allais aussi aux rallyes (soirées mondaines pour jeunes gens, ndlr) – et je m’y ennuyais comme un rat mort (rires).

D’autres similitudes, encore, laissent à penser qu’il y a un peu de vous dans ce personnage…

Ce n’est pas une œuvre autobiographique, mais il y a certains aspects de ma propre vie qui transparaissent. C’est le cas dans beaucoup de mes romans, mais celui-ci est peut-être le plus proche de moi, en dehors de l’indécision et de la consommation de drogue de Louis.

La sœur anorexique, l’ambiance effroyable qui règne à la maison en raison de la maladie… Je l’ai vécu. C’est terrifiant et ça vous bousille. Plus jeune, j’en ai fait une dépression. Il y a aussi le voyage en URSS. Comme lui, je devais apporter des documents à des gens et traverser des frontières, c’était compliqué. Il s’est passé des choses cocasses !

Vous présentez aujourd’hui votre septième roman, sorti un an à peine après le dernier. Doit-on en conclure que la pandémie a été une période particulièrement propice à l’écriture ?

Pas spécialement, mais je prends de l’avance sur mes livres par rapport aux publications. J’ai un roman en cours, qui est quasiment terminé, et un autre derrière, un roman historique cette fois, qui était en sommeil mais qui n’est pas loin d’être fini aussi. J’ai d’autres idées encore… Mais cela va peut-être ralentir… Je prends de l’âge et, avec le Covid, mes petits-enfants sont souvent à la maison !

Marc Desaubliaux, “Un homme sans volonté”, aux éditions Des auteurs des livres.

Camille Ogier
Rédactrice depuis 3 ans maintenant, j’écris notamment sur des thématiques culture, lifestyle et high tech. J’aime beaucoup ce qui touche à la décoration.
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