La “guerre des ours” renaît dans les Pyrénées après 22 ans de combats entre l’Espagne et la France

Publié par Jerome le octobre 6, 2018 | Maj le octobre 6, 2018

La “guerre de l’ours” a refait surface dans les Pyrénées par la décision du gouvernement français d’introduire de nouveaux spécimens de son côté de la Cordillère, dans la région voisine du Somport aragonais. La décision a mis les paysans des Pyrénées gauloises sur le pied de guerre, mais aussi ceux du versant espagnol. La controverse remonte à 1996, lorsqu’un programme de réintroduction d’ours bruns dans les Pyrénées, importés de Slovénie, a été lancé.

La France est à la tête de ce programme.

Elle l’a fait même avec le soutien financier de l’Union européenne. Mais l’affaire a donné lieu à des fusillades entre la population des zones sinistrées, en particulier les éleveurs de bétail, et l’administration. C’était toujours une affaire épineuse, mais encore plus quand ces fusils ont commencé à être politiques, entre les administrations d’un côté et de l’autre de la chaîne de montagnes. C’est surtout le cas depuis que les introductions d’ours du côté français ont commencé sans l’accord de la partie espagnole – et souvent même sans consultation ni information préalable des autorités espagnoles. C’est ce qui s’est produit de nouveau aujourd’hui et c’est ce qui a suscité des plaintes de colère.

Le gouvernement aragonais a fait part aux autorités françaises et au gouvernement espagnol lui-même de son “malaise” face à l’attitude de l’administration française. Ils se souviennent que lâcher un ours du côté français, c’est le faire partout dans les Pyrénées. L’expérience montre que les animaux ne connaissent pas de frontières et, bien qu’introduits du côté français, ils finissent souvent par s’installer ou fréquenter le côté espagnol de la Cordillère. Du gouvernement aragonais, ils assurent qu’ils assistent avec “préoccupation et opposition” à ces nouvelles libérations d’ours de la part de la France. L’Administration aragonaise se plaint du “manque d’information”, dénonce que la “réintroduction unilatérale (par la France) est insoutenable”, et souligne que “les conséquences qu’elle peut avoir en Aragon” ne peuvent être ignorées.

Les agriculteurs des Pyrénées aragonaises critiquent depuis des années ces politiques de réintroduction de l’ours qui affectent pleinement leur activité. Les statistiques officielles elles-mêmes le confirment, et ce, parce que ces registres n’incluent pas toutes les attaques d’ours dénoncées par les éleveurs. L’administration régionale aragonaise estime que 86 attaques d’ours contre des troupeaux dans les Pyrénées aragonaises ont été prouvées au cours des dix dernières années, avec des pertes dépassant 60.000 euros. Mais ce ne sont là que les attaques officiellement admises par l’Administration. Les éleveurs disent qu’il y en a beaucoup plus. Ils ont signalé un total de 102 attaques depuis 2007, dont plusieurs jusqu’à présent en 2018. L’été dernier, par exemple, un berger a dû faire face à un ours pour sauver son troupeau de moutons.

Aujourd’hui, l’introduction par la France de deux ours supplémentaires n’a fait que raviver la controverse, celle de la “guerre des ours”. L’une de ces libérations a eu lieu ce jeudi et l’autre est annoncée imminente, au milieu d’importantes mesures de sécurité pour répondre aux mobilisations de protestation menées par les éleveurs français dans la région.

A ce jour, jusqu’à ces nouvelles disséminations, il existe dans les Pyrénées un recensement d’une population de 45 ours bruns, répartis principalement dans la vallée d’Aran et dans les vallées françaises des Pyrénées centrales. Dans la partie aragonaise de cette chaîne de montagnes a été installé “Sarousse”, un ours que la France a libéré en 2006 et qui a choisi de traverser la frontière et de vivre dans l’Alta Ribagorza. En plus de cet ours, dans les Pyrénées aragonaises il y a aussi des incursions sporadiques d’ours installés dans différents points de cette chaîne de montagnes.

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