Les films les plus vus dans notre vie !

Publié par emma le septembre 22, 2018 | Maj le octobre 6, 2018

A la déconstruction naturelle et matérielle, répond la naissance d’un amour plus puissant que tout mais menacé par l’environnement. Si le récit se perd un chouia dans sa dernière partie où les oripeaux du thriller accélèrent soudainement la cadence du rythme jusque là émollient et si les interprètes ne sont pas toujours à la hauteur des intentions du cinéaste (écueils accessoires), Aditya Assarat fait montre d’une indiscutable sensibilité pour enregistrer les tumultes des corps ou montrer les conséquences néfastes d’une tragédie collective. Beau requiem de fantômes. Belle histoire d’amour et de cris. Belle substance ectoplasmique qui entoure le film comme un halo d’espoir et de désenchantement.

LE PARRAIN

« I believe in America. America has made my fortune and I raised my daughter in the american fashion… ». Quand vous commencez par débiter avec délice et bien synchro, les dialogues d’un film en V.O tel Vincent Gallo dans Arizona dream, et que vos proches vous regardent avec des yeux ronds (surtout pendant les parties italiennes alors que vous ne parlez officiellement pas la langue), ça doit être ça le signe que vous avez vraiment abusé d’un film au delà du raisonnable. Enfin non, de trois. Mais pour citer Tom Hanks, pris d’un accès de lucidité dans Vous avez un message, « l’essence de toute vérité est dans le Parrain ».
Donc cette oeuvre est ultime pour moi. Elle a valeur de film politique, de chef d’oeuvre sur la filiation, de peinture définitive des relations entre frères (faites d’amour et de rivalité), de grand opéra sur la rédemption impossible… Elle réunit tout ce qui m’émeut: la scène dans le jardin entre Don Corleone et Michael, si pudique et si juste, qui dit toutes les ambitions d’un père pour son fils. Le visage de Brando tordu de douleur à la mort Sonny, la voix brisée de Duvall me serrent la gorge. La beauté classique du flash back sur la jeunesse de Vito me sidère toujours autant. La froideur de Pacino, son regard mort après avoir ordonné la mort de son frère me glacent le sang. Enfin, il y a ce final, trop démonstratif au goût de certains mais qui m’emporte à chaque fois: le cri muet du vieil homme sur le corps de sa fille, l’infamie d’avoir à survivre aux siens sans avoir trouvé le salut, la respectabilité que son père et lui-même ont cherché toute leur vie.
A une époque pas si lointaine, je regardais religieusement la trilogie chaque mois, avec l’émerveillement de trouver mon émotion intacte devant cette fresque, même renforcée parfois. Et puis retrouver régulièrement Coppola, Brando, Pacino, De Niro et les autres avec des thèmes qui tutoient l’éternité tant ils ressemblent à ceux des tragédies grecques, c’est tout simplement inestimable.

MANHATTAN

Depuis longtemps, un rituel étrange et inexplicable s’est imposé à moi. A chaque nouvelle année, le soir du réveillon, malgré un état souvent approximatif, je revois Manhattan (ou Annie Hall pour être honnête). Alors New York apparaît en Noir et Blanc, avec la musique de Gershwin, et on retrouve Woody Allen, comme un vieil ami. Il est en crise: son ex-femme lesbienne (Meryl Streep) écrit un livre sur leur mariage, il est amoureux d’une très jeune fille (Mariel Hemingway) et tombe sous le charme d’une insupportable snob névrosée (Diane Keaton). Sa vie est un bordel innommable et ça s’aggrave au fil du film, le héros étant gravement incohérent et ne sachant pas précisément ce qu’il veut.
Alors pourquoi y puiser régulièrement pareil réconfort? Les dialogues d’abord, brillants, faisant toujours mouche, plein d’esprit, d’ironie et de légèreté. Le personnage, attachant, auquel on s’identifie, dans son manque d’assurance, cherchant toujours le bonheur ailleurs même s’il l’a sous le nez, inquiet pour des tas de petits riens qui lui provoqueront des ulcères à coup sûr… Parce que New York a rarement été aussi belle… Parce qu’il est faillible, complexé, chauve, petit et binoclard (description qui me ressemble étrangement). Parce que cette fin où Woody parcoure la ville en courant est merveilleuse d’innocence, dans un film où on n’attendait pas ce romantisme presque au premier degré. Il tente de rattraper son grand amour in extremis, après avoir été à la dérive et y parvient presque.
Peut-être l’ai-je surtout revu pour ce sentiment diffus, qui envahit souvent à la fin d’un Woody Allen, comme de la reconnaissance. Il sait nous faire sourire de nos déceptions, de nos attentes souvent déçues, de nos contradictions, de nos doutes sur nous-mêmes et sur les autres, des bonnes résolutions que nous ne tenons jamais. Et ce cinéaste vous porte souvent secours aux heures sombres (à l’image d’un Capra ou d’un Lubitsch) comme s’il vous murmurait que tout ça n’était pas si terrible et que parfois, ça valait le coup d’essayer. Et c’est d’un bel optimisme, qui a un effet absolument revigorant et nécessaire pour s’attaquer à l’incertitude d’une nouvelle année…

PIEGE DE CRISTAL

Ce film partage en fait la vedette avec Braindead que j’ai du largement voir autant de fois et dont toute ma famille s’est délectée jusqu’à l’overdose. J’ai même fait vomir un copain à un goûter d’anniversaire… Bref, Piège de Cristal… Bruce Willis. Des terroristes germano-armés. Une tour de verre. Voici le film que j’ai vu le plus souvent, celui qui n’a cessé de m’ébahir par le cynisme de son personnage, ses éclats de violence, son humour et par la mise en scène de John McTiernan, affolante de modernité et de précision. Découvert à la télévision avec ma grand-mère (paix à son âme et à son ouverture d’esprit), revu au cinéma quelques années après pour la sortie d’Une Journée en Enfer, le premier opus des aventures de John McClane symbolise la quintessence d’un genre dont il est devenu le modèle absolu.
Chaque vision est un bonheur incommensurable, chaque réplique cinglante du flic new-yorkais un joli moment de décontraction contrariée (“Sur 9 millions de terroristes dans le monde, j’en tue un et il a les pieds plus petits que ceux de ma soeur”), chaque explosion brutale est un morceau d’anthologie gravé dans ma mémoire cinématographique. Là où le divertissement rejoint l’intelligence de la dramaturgie, Piège de Cristal trône bien haut au-dessus des films d’action consacré à un genre encore trop sous-estimé.

CASPER

Il est des films que l’on va voir plusieurs fois au cinéma tant ils représentent un véritable choc dans votre approche du cinéma et la définition de vos goûts (Jurassic Park, quatre fois en une semaine) ; les films que l’on regarde plusieurs fois par an, auxquels on revient toujours tant ils sont estampillés du sceau de “méga-culte” (les Hot Shots !, les Die Hard,…) ; et puis il y a les films qui coincidaient tellement avec votre sensibilité que vous les avez enchaîné de nombreuses fois d’affilée, aidés en cela par votre jeune âge et la possession d’une précieuse vhs (ou dvd, pour les jeunes générations actuelles). Pour moi, ce film fut Casper, une production Amblin qui fut confiée à raison à Brad Silberling, le monsieur parvenant à une brillante alchimie en comédie fantastique, film pour enfants et oeuvre de geek. Soutenu par une approche visuelle de toute beauté, entre décors magnifiquement lugubres et effets spéciaux encore aujourd’hui d’actualité. Sans compter le trio des oncles fantômatiques à l’humour noir savamment dosé, avec juste ce qu’il faut de cynisme pour que la partie “sentimentale” du film ne devienne jamais gnan-gnan et, au contraire, en tire une force et une intelligence (la mort est ici abordée frontalement, avec pudeur et délicatesse) que met encore en exergue l’émouvante composition de James Horner. Autant d’éléments qui m’ont rendu pendant une période filmo-dépendant à ce Casper, allant jusqu’à le regarder deux à trois fois par jour, le commençant le matin avant les cours, le continuant à la pause du midi avant de le finir le soir, en faisant mes devoirs, et de me le remettre ensuite un petit coup pour apprécier la chose dans sa continuité. Encore une fois. Et encore une fois. Et même si je ne regarde plus autant ce film aujourd’hui, il reste pour toujours dans le top 3 de mes péloches favorites car, même adulte, chaque nouveau visionnage (bientôt les 100 !) est encore un véritable plaisir. Casper Forever !

GREMLINS

A n’en pas douter, le chef d’oeuvre de Joe Dante fait forcément partie du club très fermé des films les plus vus au monde… Comment ? Uniquement des fanatiques purs et durs qui se le repassent deux à trois fois par an ? Peut-être, mais une chose est sure c’est que tout le monde a dû croiser le regard humide du tout trognon petit Gizmo qui fit craquer les enfants de la Terre entière ! Et forcément votre serviteur faisait partie des mioches pour qui l’achat d’un mogwaï pour Noël était une obligation voire un devoir tant la bestiole est la créature que chacun souhaiterait qu’elle fut réelle. Enfin pas tant que ça puisque la célèbre malédiction qui traîne du côté de cette race de mammifères a la fâcheuse tendance à remettre l’adoption animalière en doute. Car en effet, et comme chacun sait, l’élevage de ce genre de « machin » (comme l’indique le prénom de notre héros poilu) est plutôt risqué puisque répondant à deux ou trois règles gentiment contraignantes : ne pas les mouiller, ne pas les exposer à la lumière vive et surtout ne pas les nourrir après minuit. Et bien entendu, le protagoniste principal, Billy Peltzer, un vieil ado adepte de comics en 3D et de vieux films rétros, va faire dans le film et dans le désordre tout ce qu’il ne faut pas faire : les mouillant accidentellement à cause de cet empoté de Pete (interprété par Corey Feldman, le génial Bagoo des Goonies), le gentil mogwaï va se reproduire et donner naissance à quelques autres choses toutes aussi mignonnes mais beaucoup moins sympathiques… Pas la peine d’entrer dans les détails après un casse-dalle interdit les jolies boules de poils vont se changer en horribles créatures reptiliennes décérébrées, déjantées, perverses et ne vivant que pour foutre le merdier et avec méchanceté s’il vous plaît. Et ce n’est pas leur sens de l’humour et leur passion pour Blanche-Neige et les sept nains qui nous les rendra plus agréables… Quoi que…! Véritable bombe filmique réalisée par un vrai mauvais garçon d’, celui qui casse ses jouets avant même d’avoir commencé, qui crache pour voir ce que ça fait et qui tend la joue pour qu’on le frappe, Gremlins est un pur chef d’oeuvre tant tous les éléments sont assemblés avec une intelligence rare. Il faut dire que l’équipe qui entoure Joe Dante n’est composée que de gars qui n’ont pas su grandir: Spielberg, Columbus… On retrouve cet amour des petites villes, des fêtes de Noël, des personnages certes caricaturaux mais tellement humains et de cette joie de vivre à l’Américaine que le trublion s’amuse à abîmer dès qu’il en a l’occasion. Quand Gremlins est le second film qui vous est donné à voir dans votre vie (après Terminator) dans vos premières années, fatalement ça laisse des traces. Première VHS de la collection, premier DVD acheté, peluche… Gremlins contamine l’espace de l’appartement de votre serviteur et même un Mohawk grandeur nature siège quelque part près du lit. Pas question donc de ne pas se remettre un petit Gremlins dès qu’on en a l’occasion…

MASSACRE A LA TROCONNEUSE

Choc évident pour tous ceux qui ont vu le chef d’oeuvre absolu du maître tantôt adulé, tantôt discrédité Tobe Hooper, The Texas Chainsaw Massacre reste un mythe du cinéma. Pas seulement du cinéma d’horreur, ni du cinéma de genre en général, la tragédie texane est mythique par sa forme, son fond et sa réalisation. Aussi, la première vision ne propose pas trop de s’attarder sur le fond social et furieux tant le film s’acharne à remuer les tripes et faire basculer toute notion de réalité, faisant tomber le meurtre de quelques adolescents par une famille de cannibales texans, déjà à la base relativement odieux, dans une folie et un tourbillon dans lesquels la raison n’a plus aucune place et qui représente une folie pourtant profondément humaine. Pas moyen donc de se concentrer sur le second degré ou les notions historiques que les séquences remettent en cause puisque la violence provoque instantanément le dégoût et pour certains une véritable fascination que ce soit de la démence employée mais surtout de la mise en scène habile et incroyable du père Hooper qui offre ce que le cinéma n’avait jamais fait jusqu’à cette fameuse année de 1974 et refera rarement, à savoir composer ses images de façon à ce qu’elles sentent la pisse et la sueur, que le sang bien qu’absent soit visible et que la bile monte lentement en nous. Un film extraordinaire qui pousse votre serviteur à voir et revoir et revoir encore ce film monstre ; et l’un des plus beaux jours de ma vie restera sans doute la discussion avec le papa de Leatherface autour de son film… Allez, je me le remets un coup !

THE DEVIL’S REJECTS

Fan de Rob depuis un bail, à l’époque où le monsieur n’était que chanteur de son groupe métal indus, la chance m’avait été donné de découvrir House of 1000 Corpses lors de la sortie DVD US, il y a quelques années par l’intermédiaire d’un très bon ami, encyclopédie vivante du cinéma de genre. Après quelques visions toujours plus folles et passionnées des premières aventures de la famille Firefly, l’annonce d’une suite fit frétiller votre serviteur vous vous en doutez et il fut difficile d’attendre qu’une version screener ne soit disponible de manière plus ou moins légale, les films de Monsieur Zombie n’étant pas assez recommandables pour une distribution en France. Aussi, importation obligatoire des DVD des deux films et plus spécialement de The Devil’s Rejects qui marque le retour à un cinéma viscéral et filmé au feeling, technique propre à un certain style des 7O’s. Le grain, les couleurs, la musique, l’action : tout tout tout est bon dans cette fausse suite qui prend les allures d’un road movie qui finalement ne se déplace pas tant que ça puisque la ballade du Captain Spaulding et de ses deux acolytes se résume à la traversée d’un Etat. Et cette fin ! Non de Dieu ! Free Bird des Lynird Skynird, une Cadillac rouillée, du sang, de la sueur, des yeux bleus incroyables et une sorte d’hymne à la vie et à la liberté au travers du déferlement violent de haine le tout dans une mise en scène classique, référentielle et rock’n’roll… Oui The Devil’s Rejects donne l’impression de revoir un film dont on aurait oublié la bobine dans un carton il y a quelques décennies et que l’on projetterait aujourd’hui et, quelque part, ça fait du bien de se reprendre un grand coup dans la gueule ! Après deux visions mensuelles pendant quelques temps, le film finit par sortir en France, et bien entendu une scène comme le final se doit d’être vue sur un écran géant et avec un son monstrueux ! Revu projeté, les acteurs rencontrés, le film était définitivement culte pour votre serviteur…!

LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND

Trois personnages, trois forces différentes, trois façons de mener la danse à tour de rôle jusqu’au tango final, qui déterminera celui qui emportera le magot de l’énigmatique Bill Carson. Le Bon, la Brute et le Truand est un jeu de rôles où les positions s’inversent à une vitesse vertigineuse, où le bourreau devient la victime, et où personne n’a jamais la possibilité d’être fidèle aux fonctions arbitrairement attribuées dans le titre. Le truand suit une quête obsessionnelle quasi-héroïque, la brute revêt les galons et l’autorité d’un officier respectable, le bon ne l’est pas du tout. A leur instar, les péripéties elles-mêmes révèlent des personnalités à facettes, passant du périple cruel et désenchanté (Blondin marchant christiquement sous un soleil de plomb ; le spectacle désolant du massacre de soldats nordistes ; Blondin offrant son cigare à un mourant) au rebondissement sérialesque et jouissif (une diligence surgit en transportant les secrets d’un trésor caché ; Tucco découvre soudain la cachette de l’or dans un gigantesque cimetière ; le cigare de Blondin sert immédiatement après à allumer la mèche d’un canon), et inversement ! Le film lui-même est une aventure picaresque et survoltée comme on en fait plus, drôle, trépidant, poignant et violent, mais aussi une réflexion sur les idéaux et la confrontation d’intérêts personnels (la chasse au trésor) avec des enjeux politiques d’envergure (la guerre de sécession).

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