Critique de La Planète des Singes

Publié par emma le août 12, 2018 | Maj le octobre 6, 2018

D’après Tim Burton, “il est plus probable de survivre après avoir avoir sauté du vingtième étage qu’après avoir réalisé le remake de La Planète des Singes”. Habitué aux critiques mitigées lors de la sortie de ses films, le réalisateur semble par cette phrase préparer sa défense en anticipant un accueil réservé concernant son dernier film, qui est aussi son dernier vrai block-buster depuis Batman. Il est clair qu’en s’attaquant à ce grand classique de la science-fiction, Burton évolue en terrain miné, d’autant plus qu’à chaque fois qu’un remake est réalisé, se pose la question de la légitimité d’une telle entreprise.

Un beau travail du réalisateur sur le film

C’est en fait la première fois que le metteur en scène doit véritablement s’approprier un sujet déjà traité, puisque même dans le cas de Batman aucune adaptation au cinéma n’avait été réalisée. On doit donc se demander s’il a réussi à apporter quelquechose au sujet sur deux plan : celui de la forme et celui du fond. Après une première vision, évidemment un peu déformée par le regard indulgent du fan, mon sentiment, sans aucun recul et reposant sur un souvenir forcément flou, penche plutôt du côté de la déception, même si je suis convaincu, depuis mon expérience sur Batman le Défi, qu’un film, et particuliérement une réalisation de Burton, peut ne pas révéler toute sa richesse lorsqu’on le découvre pour la première fois. Première constatation, à peu près certaine : il s’agit là d’un Burton de second plan, qui n’atteint jamais les sommets dramatiques et émotionnels de ses plus grands films que sont Batman le Défi, Edward et Ed Wood. Pas de miracle donc, le film est clairement grand-public, voire parfois destiné au jeune public, et constitue à la fois le moins sombre et le moins personnel de la du metteur en scène : pas de marginaux et de parias traités avec tendresse ou de compassion, pas de personnages équivoques à multiples facettes, pas d’appel à la tolérance ni de revendications sociales réclamés avec une certaine finesse. Dans La Planète des Singes, les protagonistes sont taillés d’un seul bloc, le méchant est vraiment irrécupérable, et les messages que veulent faire passer les scénaristes sont livrés avec si peu de subtilité que s’en est parfois gênant : en particulier l’optimisme ambiant installé par une foi en l’homme simpliste et inébranlable : où est passé le désespoir burtonien, qui teinte toujours de noirceur le propos du réalisateur (Edward et sa conclusion en étant le meilleur exemple)? Malheureusement, tout cela était assez prévisible, Burton n’étant rattaché au projet qu’à le dernière minute. Il n’a eu qu’une influence très relative sur le scénario et l’orientation psychologique des personnages, et le résultat n’est donc pas à la hauteur de nos espérances, par rapport aux films où il s’est vraiment investi à 100%.

La Planète des Singes : un film qui en vaut la peine

Attention cependant, La Planète des Singes n’est en rien comparable aux célèbres daubes américaines qu’on a pu voir sur nos écrans ces dernières années (je sais pas moi, Independence Day, Matrix ou Armaggedon)! Il reste très au-dessus de la moyenne du film à gros budget hollywoodien de base, et si vous ne devez aller en voir qu’un cette année, je vous conseille sans problème celui-là. Même d’un point de vue scénarique et de sa tonalité, il parvient parfois à se distinguer et à sortir de la norme, bien que cela reste très en-deçà des extravagances inimaginables de , par exemple. Le principe même de l’histoire imaginée par Pierre Boulle n’est pas si facile à accepter que ça, en ce sens qu’il demande vraiment un effort de la part du lecteur ou du spectateur : il s’agit d’une inversion sociale complète qui échappe donc à tous nos repères habituels. Même si ce bouleversement est parfois traité sur le thème de la dérision, c’est lorsque l’atmosphère devient plus sérieuse que le film parvient à s’élever au niveau de terrains bien plus emballants. Le plan de la petite fille en cage dans la chambre d’une jeune chimpanzée est par exemple assez bouleversant, et constitue un des meilleurs du film. D’autre part, il y a tout de même un personnage qui se démarque des autres dans le film, et qui conteste par sa présence son appartenance à une catégorie vraiment tout-public. Il s’agit d’Ari, une femelle chimpanzé qui défend devant l’opinion publique simiesque la nécessité d’accorder aux hommes les mêmes droits que les singes. Marginale, secrète et troublante, elle joue sur deux tableaux, partagée entre son appartenance à la race des grands singes et son attirance pour les humains. En cela elle est de manière évidente le personnage le plus burtonien du film, et on a même l’impression que le réalisateur nous livre une histoire vécue à travers son regard plutôt qu’à travers celui du héros terrien, qui est comme prévu assez transparent. Il lui réserve de plus sans conteste le plus beau plan du film, un baiser furtif avec l’homme venu de la Terre, qui perd ses repères comme le spectateur et succombe au charme ambigü d’Ari que Rick Baker a réussi, selon la volonté de Burton, a rendre presque belle, ce qui était un véritable défi. Je dirai enfin que grâce à ce plan, La Planète des Singes devient l’anti-Shrek, ce qui est tant mieux, le film de Dreamworks étant, derrière une étiquette irrévérencieuse et revendiquant une certaine originalité, l’archétype du film formaté pour les américains bien-pensants et leurs enfants.

planete des singes

La planete des singes (Planet of the Apes) de TimBurton avec helena Bonham carter 2001

Si le film est clairement décevant au niveau du scénario, beaucoup trop lacunaire alors qu’il devrait être un des points clés du film, et de la profondeur des personnages, Tim Burton a encore réussi un tour de force visuel, ce qui est maintenant une véritable garantie lorsqu’il prend part à un projet cinématographique. Comme le laissait prévoir la bande-annonce, il a réalisé un film à l’ambiance majoritairement sombre et nocturne, avec de nombreuses scènes qui se déroulent à la lueur des étoiles. Les superbes décors de Rick Heinricks, vieux compagnon de route de Burton depuis Vincent, son premier court-métrage, contribuent également à inscrire le film dans l’esthétique burtonienne habituelle. Comme toujours, si la patte du réalisateur est reconnaissable, il offre cependant des créations originales et surprenantes, qui apportent un plus incontestable au film. En particulier, les scènes se déroulant à Ape City sont parmi les plus inventives du film, et chaque intérieur simiesque est une réussite artistique. En regard de cette réussite, les décors dévoués au début du film, qui se déroule dans une station spatiale, semblent moins originaux et, s’ils empreintent à la sobriété et la froideur de ceux de 2001, sont moins surprenants et s’effacent devant la magnifique architecture simiesque burtonienne. Un autre élément généralement parfaitement abordé par Burton étant le générique, on pouvait également s’attendre à être scotché sur son siège dès les premières notes de la nouvelle partition de Danny Elfman. Le résultat s’avère satisfaisant, même si les images accompagnant les crédits ne sont pas au niveau de celles d’Edward, et rappellent assez le générique de Batman, avec ici une caméra qui survole eu rase-motte une armure simiesque. Quant à la musique, elle n’est encore une fois pas au niveau des grandes réussites d’Elfman, mais colle parfaitement à l’esprit du film. Le compositeur fétiche de Burton a donc cherché à diversifier un peu son style, même si c’est avec un peu moins de bonheur que pour Mars Attacks!, par exemple.

Mais LA grande réussite du film, celle qui vaut à elle seule le déplacement, c’est sans aucun doute le soin apporté aux personnages les plus fascinants de l’histoire, c’est-à-dire les singes eux-mêmes. Pour obtenir un tel degré de perfection, Burton s’est concentré sur deux points essentiels : les maquillages et l’attitude que devaient adopter les comédiens. Pour le premier, il a fait appel au multi-oscarisé Rick Baker, génie de la spécialité avec qui il avait déjà travaillé sur Ed Wood. En se servant de l’expérience qu’il avait eu quelques mois auparavant avec Le Grinch, Baker a réussi en un temps record (six mois au lieu de l’année normalement nécessaire) à créer une batterie aussi diversifiée que réaliste de visages simiesques, incroyablement souples et aptes à rendre compte du jeu des acteurs derrière un épais maquillage. Le résultat est incroyable, d’une beauté plastique irréprochable, c’est vraiment du grand art, nul doute que Baker recevra un nouvel oscar pour la performance. Pour ce qui est du comportement des singes, Burton a choisi Terry Notary, artiste du cirque du Soleil, pour mettre en forme la façon dont il voyait la gestuelle de ces créatures imaginaires. Les acteurs principaux comme les figurants ont suivi un mois d’entraînement pour apprendre à rendre crédibles leur personnage. A l’écran, les singes se reniflent, utilisent aussi bien leurs pieds que leurs mains, balancent des épaules, sautent partout lorsqu’ils s’énervent, grimpent aux murs, retournent parfois à la quadripédie, bref, ils ne sont ni des hommes ni des singes, mais bien une espèce à part entière.

Un bémol au film de Tim Burton

Par contre, le truc qui m’a vraiment énervé, c’est la fin du film. Ou plus exactement, son appendice de fin, car la vrai conclusion de l’histoire n’est pas dans les cinq dernières minutes du métrage. Pour ce qui est de cette conclusion, rien à dire, elle tient la route, même si elle utilise une sorte de paradoxe temporel un peu lourdaud. On se demandait si la fin allait être aussi époustouflante que celle de l’original : en comparaison, elle est peut-être un peu décevante mais elle a le mérite de s’en détacher complétement et de rattrapper pas mal d’imprécisions scénariques du film, même si de larges zones d’ombres subsistent. J’en viens à ces fameuses cinq dernières minutes, complétement ridicules mais qui ne sont heureusement pas le fait de Burton. Il s’agit en fait d’une séquence qui annonce clairement la sortie prochaine d’une suite, par un procédé carrément abrupt qui consiste à démarrer une nouvelle histoire complétement incompréhensible à partir des éléments du film qu’on vient de voir. En plus le “gag” (y a pas d’autre mot) final est super prévisible et américanisé à fond, ce qui est loin de clore le film en apothéose, alors qu’il s’agit là qu’une des qualité fondamentale du film burtonien habituel. Avec cette fin, incroyable, on se croit devant Retour vers le Futur. Si Burton s’y colle de nouveau, on aura de quoi s’inquiéter, d’autant plus que cette bande-annonce n’est vraiment pas engageante, et ne semble en rien présager d’un film ou le réalisateur pourra, comme il l’a fait sur ce premier épisode, laisser libre court à son imagination artistique.

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