La crise s’installe dans le pouvoir français

Publié par Jerome le octobre 5, 2018 | Maj le octobre 5, 2018

Emmanuel Macron a perdu un ministre d’État qui était aussi un allié de la première heure, un abandon qui s’ajoute à une file de sorties déjà longue. Le 60e anniversaire de la Ve République est célébré au milieu d’un environnement défavorable au plus haut niveau.
Le 4 octobre 1958, après le triomphe du projet aux urnes, Charles de Gaulle, alors président, proclame la Ve République française. Un régime présenté comme une solution pour une stabilité politique durable du pays, 22 gouvernements s’étant succédé depuis 1946.

L’ex-héros de la Seconde Guerre mondiale a mis en place un régime destiné à surmonter les querelles des parlementaires, qui dominaient l’exécutif, et à mettre en place une forte institutionnalité dans un pays peu reconstruit et confronté à la guerre d’Algérie et aux autres processus actuels de décolonisation.

La figure du président a commencé à prendre de l’ampleur, d’autant plus que son élection au suffrage universel a été approuvée. C’est à la surprise de De Gaulle qu’il remporte le premier vote en 1965.

Avec 60 ans d’existence, la constitution de De Gaulle est la deuxième plus longue depuis la Révolution française. Cependant, les célébrations officielles peuvent devenir amères en raison des crises répétées que l’État traverse actuellement.

Insister à tout prix pour démissionner, un fait inédit

Un ministre qui se voit refuser sa démission n’est pas un fait inédit, mais le fait que le président soit contraint de l’accepter sur son insistance est une nouveauté pour la “Quinta”.

Gérard Collomb n’est pas n’importe qui pour Emmanuel Macron. Alors maire de la troisième plus grande ville de France, Lyon, Collomb fut le premier grand partisan du pré-candidat Macron. Elle lui ouvrit des portes et diverses alliances à une époque où peu de gens pouvaient sentir l’ascension fulgurante qui conduisit Macron à l’Elysée.

Ce n’était pas n’importe quel travail qu’il a quitté non plus. Le ministre de l’Intérieur est la troisième figure de l’Etat et ses prérogatives, telles que la sécurité des citoyens, sont fondamentales. En raison de la cacophonie qui régnait dans les sommets du pouvoir au cours des derniers jours, un éventuel remplacement n’était pas prévisible et le portefeuille sera alors provisoirement en charge du Premier ministre, Edouard Philippe, qui sera alors pendant quelques jours “premier officier de police” de la France ainsi que chef du gouvernement ; autre fait inhabituel.

Alors que Collomb revient tranquillement à Lyon, où il veut préparer sa campagne pour une éventuelle réélection au poste de maire, Emmanuel Macron subit un nouveau revers.

Quinze mois après son triomphe électoral, le président n’a cessé de chuter dans les sondages d’approbation et son cercle pour entreprendre les “grandes transformations” promises s’amenuise malgré ses appels à “résister”.

Macron perd de plus en plus de soutien

Inspiré par ses prédécesseurs comme de Gaulle mais aussi par François Mitterrand, Emmanuel Macron a accueilli à bras ouverts les institutions de la Ve République, avec toute la verticalité que cela implique.

Cependant, le président a déjà assisté au départ de sept ministres, dont trois ministères d’État locataires. Le départ de Collomb intervient un peu plus d’un mois après la démission de Nicolas Hulot, une perte politique importante.

L’affaire Benalla a également été un complot médiatique pendant une grande partie de l’été en France. Une question qui n’était pas encore tout à fait connue, mais qui a affaibli le président.

L’Exécutif a assuré qu’il n’y a pas de crise politique en cours et que c’est une “question de jours” pour que le pays retrouve un ministre de l’intérieur. Mais les faits sont plus tenaces que les communiqués et l’accumulation de dissonances au niveau du chef de l’Etat pourrait laisser des traces sur ce qui manque dans le mandat.

En 2017, l’innovation d’Emmanuel Macron était de gagner contre les hommes politiques traditionnellement aimés par le pouvoir en France et de constituer une nouvelle force, composée, dans ses intentions, d’une classe de militants et de parlementaires de la société civile. Un élément qui pourrait également ralentir l’action du président et du gouvernement, puisque la verticalité ne correspond guère à un parti politique moderne et que les premières fissures ont commencé à se former.

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