Comment se porte le hip-hop français ?

Actualité Comment se porte le hip-hop français ?

Adulé par les jeunes, incompris par les adultes, le rap est un univers musical riche et particulier. Apparu vers la fin des années 80 avec NTM ou MC Solaar, le rap est devenu une forme d’expression propre à la jeune génération. À ses débuts, il est vu comme agressif et violent. Mais de nombreux rappeurs à l’instar de Ménélik, Alliance Ethnik ou Doc Gynéco ont réussi à diffuser un rap positif.

Néanmoins, les textes restent revendicatifs et parlent du quotidien. Trente ans après, le rap fait toujours autant d’effet. Il est écouté par ceux qui étaient là dans ses débuts, mais aussi par la génération actuelle. Toujours autant décrié, il n’a toutefois pas cessé d’évoluer. De nombreuses graines ont émergé et même les anciens semblent revenir dans le rap game. Qu’y a-t-il de nouveau sous le soleil du rap français ?

Le hip-hop, la nouvelle variété française ?

Alors qu’ils ont connu des débuts mitigés en France, le rap et le hip-hop connaissent aujourd’hui un succès fulgurant. Ces vingt dernières années, le rap français a tout raflé, tant en ventes d’album que sur les plateformes de streaming. Il faut le dire, le rap et ses variantes ont su se faire une place dans l’univers musical des Français.

À ses débuts, le rap était vu comme l’expression d’une crise identitaire et le moyen de dénoncer les clivages sociaux. Dans les années 90, les rappeurs s’en sont servis pour alerter sur les maux de la société. Politique, violences policières, racisme… étaient les sujets récurrents des morceaux. La fracture sociale, notamment constatée dans les banlieues, se creusant, les messages commencent à être un peu plus virulents. Le désamour entre le rap et le ministère de l’Intérieur a été signé. Les arrestations et les plaintes contre les crews pleuvent, notamment entre 1995 et 2000. Le rap est alors considéré comme portant atteinte aux valeurs de la République.

Vers 2012, le rap reprend un nouveau souffle et semble s’être plutôt apaisé. Fini la haine et les dénonciations sociales, place à un style plus convivial et plus posé. Un nouveau courant insufflé notamment par le groupe Sexion d’Assaut. À partir de là, de nouvelles têtes ont émergé, profitant notamment de la démocratisation du streaming. Depuis, le rap français pulvérise les records et détrône même de grandes stars américaines sur de grandes plateformes d’écoute.

Aujourd’hui, le rap n’a plus à se défendre en France. S’il reste toujours incompris par les générations plus anciennes, il a fait ses preuves auprès des jeunes. Les artistes tels que Jul, PNL, Ninho, Vald… accompagnent désormais quotidiennement plus de 18 % de la population. Retrouvez d’ailleurs plus d’informations sur les rappeurs français sur cette page qui présente les artistes et groupes de rap français.

Aujourd’hui, certains rappeurs joueraient presque dans la même cour que certains artistes cultes de la chanson française. Néanmoins, il s’agit d’univers complètement différents et incomparables. Dire que le rap est devenu une variété française serait malvenu. Il est toutefois bien présent dans la culture française. Pour preuve, des textes de rappeurs français sont actuellement étudiés en cours au même titre que Guy de Maupassant ou Victor Hugo.

Le hip-hop français, un univers (trop) masculin ?

Rap français

Si aujourd’hui le rap est plus ou moins légitime en France, il n’a pas encore remporté toutes ses batailles. Reste la question de la place de la femme dans le rap français. Si les femmes sont quasi présentes dans les clips de rap et hip-hop, elles le sont rarement derrière le micro. Aux États-Unis, le monde du rap et du hip-hop s’est féminisé.

Les figures américaines du rap féminin sont nombreuses : Missy Elliott, Nicky Minaj, Cardi B… À ce jour, la seule figure du rap féminin en France à laquelle on pourrait s’identifier est Diam’s. Malheureusement, elle a pris sa retraite depuis 2012. À part elle, on peut compter parmi les plus anciennes, Keny Arkana, Ladea et Casey. Plus tard, on retrouvera Chilla, Shay ou encore Sianna. Malgré tout, la dynamique est encore très timide. Dans les festivals, on retrouve encore très peu de rappeuses à l’affiche. Pourquoi les femmes n’arrivent-elles donc pas à s’imposer dans le rap game ?

Avec tous les propos sur les femmes dans les paroles de rap, on pourrait croire que cet univers est misogyne. Force est quand même de constater qu’il n’a pas été, ou peu, touché par les mouvements #Balancetonporc ou #MeToo. Ce n’est pourtant pas tant le rap qui est misogyne, ce sont plutôt les morceaux sexistes qui ont la cote. Ceux-ci sont souvent très médiatisés et donc plus connus par le grand public. Comme le dit la chanteuse belge Angèle, « le rap est à la mode, et il marche mieux quand il est sale ». Mais en vérité, le rap français ne manque pas de rappeuses talentueuses. Elles sont tout simplement dans l’ombre. Le fait est qu’elles sont plus souvent dans le rap engagé, dans le militantisme. Des sujets qui ne passent pas comme on le voudrait.

Aujourd’hui encore, le rap français souffre des stéréotypes sexistes, même si des rappeurs influents comme Médine se sont engagés dans le féminisme. Le rapport de dominance entre l’homme et la femme est toujours ancré. De plus, les rappeuses sont soumises à des jugements et des critiques venant et des rappeurs et de la société. Autant d’obstacles qui empêchent leur ascension.

Heureusement, de plus en plus de rappeuses sortent de l’ombre. Il y a évidemment la fulgurante Aya Nakamura qui explose les ventes et les les vues sur les plateformes de streaming. Il y a également Lala &ce, qui est la nouvelle figure du rap féminin. Se définissant comme la « E.T » du rap, elle casse les codes et cela semble lui réussir. Toujours dans cette jeune génération, Leys fait aussi partie des plus prometteuses. Elle est notamment connue pour ses punchlines acérées. On attend son EP en 2021. Doria, adoubée par Jul, est également une petite perle du rap français. Faisant partie du label AWA, elle semble déterminée à imposer sa signature. Un album pourrait bien sortir dans le courant de cette année.

Le hip-hop français en 2021 : quelles perspectives ?

2020 a été pour tout le monde une année difficile. Le monde du spectacle s’est figé, les festivals et les concerts ont été annulés. Mais après une année tumultueuse, le rap français semble paré pour 2021.

Des albums inédits

Durant le confinement, les Lives n’ont pas pu se tenir. Ce n’est pas pour autant que les artistes se sont tourné les pouces. Au contraire, les confinements qui se sont enchaînés ont été l’occasion de créer et de cogiter sur les projets. On attend ainsi de grands crus en 2021 et ils semblent très prometteurs.

En 2020, le mythique groupe parisien Sexion d’Assaut a annoncé son coming back avec un album, « Le Retour des rois ». Un projet très attendu en 2021 et qui pourrait s’accompagner d’une tournée. Booba, lui, a débuté le compte à rebours pour son dixième album, « ULTRA ». Il est prévu pour le 5 mars prochain.

Les fans peuvent se réjouir, le « JVLIVS II » de SCH est en route. Après avoir multiplié les collab’, le rappeur est fin prêt à donner une suite à ce qui a été le meilleur opus de sa carrière. Enfin, et non des moindres, on attend également le projet fou de Niro. L’artiste compte remplir 2021 avec une succession d’EP étalés sur neuf mois. Si ce n’est pas la première fois qu’il s’essaie à cet exercice, le défi reste tout de même de taille.

Le premier concert-test avec le groupe IAM

Covid oblige, les salles de concert resteront encore fermées, du mois en ce début d’année. Un espoir pourrait toutefois se profiler avec le fameux concert-test. Et devinez qui sera le tout premier à l’expérimenter ? Le groupe marseillais mythique IAM. Une initiative lancée par l’INSERM. Rien de tel que des pionniers du rap pour se lancer dans une expérience qui pourrait aider le monde du spectacle. Le concert aura lieu en février ou en mars au Dôme de Marseille. Seuls 1 000 spectateurs pourront y assister. L’idée est de déterminer si les salles de spectacle sont réellement des zones de contamination au coronavirus. Le protocole sanitaire y sera strict.

Hormis ce concert-test, le groupe IAM prévoit d’autres dates à partir du mois d’avril 2021. Reste à savoir si elles vont être maintenues.

Les retours inattendus

C’est peut-être un effet du confinement, mais 2021 sera riche en grand retour. Hormis celui de Sexion d’Assaut, le rap français s’apprête à assister au come-back de grands noms comme Aketo. Après son EP « Confiserie », le membre de Sniper prévoit un nouveau projet courant 2021. Mais s’il est un retour que nombreux attendent, c’est bien celui de Diam’s.

Des rumeurs selon lesquelles elle pourrait bien revenir sur le devant de la scène du rap circulent. Des proches de Vitaa lui auraient fait des propositions. Rien n’est moins sûr pour l’heure, mais les fans se réjouissent déjà de cette perspective. Le dernier album de Diam’s date de 2009. Serait-ce un nouveau souffle pour le rap féminin ?

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