Classe et pas classe chez Dreamworks Animation

Publié par emma le septembre 22, 2018 | Maj le octobre 6, 2018

Alors que la poule aux oeufs d’or de DreamWorks revient sur nos écrans pour un troisième volet (Shrek le troisième en salles le 13 juin 2007), le temps est venu de faire un petit récapitulatif de presque dix ans de films d’animation en 3D du studio américain. Avec près d’un film par an, la branche animation du studio créé par Spielberg, Katzenberg et Geffen roule sur les traces du rival number one, Pixar (également 8 films avec la sortie de Ratatouille cette année) et de ses productions souvent CLASSE INTERNATIONALE. De fait, DreamWorks n’assure pas le même gage d’excellence que son concurrent mais peut se targuer de quelques belles réussites. Le point avec ce CLASSE/PAS CLASSE des films 3D de DreamWorks Animation.

FOURMIZ PAS CLASSE

Alors que Pixar a frappé fort avec Toy Story en 1995, DreamWorks lui coupe l’herbe sous le pied en sortant en 1998 Fourmiz, quelques mois avant le 1001 pattes du studio à la lampe. Histoire de fourmis, donc, où fourmille une pléiade de stars (Woody Allen, Sharon Stone, Sylvester Stallone, Jennifer Lopez, Dan Ayckroyd, Gene Hackman, Anne Bancroft, Danny Glover, Christopher Walken, rien que ça !) mais qui tourne franchement en rond. Car si la fourmi ouvrière Z-4195 aspire à la liberté individuelle et bouleverse l’organisation de la cité en s’amourachant de la princesse, en la kidnappant pour l’emmener au dehors de la fourmilière et en mettant en échec les plans de suprématie du général Mandibule, Z revient au final à la force collective du groupe pour sauver la fourmilière et reproduire le même fonctionnement social. A l’instar de l’ensemble du film, l’histoire ne parvient pas à trouver un équilibre cohérent entre naturalisme et anthropomorphisme, remettant en cause de façon maladroite le principe d’organisation de la fourmilière où affleure un discours politique, ou calquant des comportements humains malvenus sur les fourmis (la fausse bonne idée de prendre une fourmi en plein mal être à l’imitation des rôles de Woody Allen par exemple)

S’accompagnant d’une trame générale convenue et manichéenne, ce mélange mal dosé entre le réalisme et les activités humaines donne l’impression d’un calquage assez arbitraire (comme lorsque les fourmis soldats marchent en légion romaine sur les termites) et surtout peu imaginatif (comme lorsque Z parodie la danse de Travolta). De fait, Fourmiz apparaît alors très terre-à-terre et manque de folie, d’envolées imaginaires, et même d’humour pour convaincre. Ce défaut narratif se retrouve d’ailleurs de la même manière dans le design des personnages qui manque de stylisation, figure les mauvais choix entre les attributs humains et ceux des insectes, et s’avère au final très laid. Pas très imaginatif non plus dans sa réalisation, Fourmiz se fait écraser sans pitié par 1001 pattes.

SHREK TRES TRES CLASSE

En 2001, DreamWorks répond au Monstres et Cie de Pixar avec son propre monstre, un ogre qui dévore tout cru les contes de fée. Pour récupérer son marais envahi par toutes les créatures fantastiques des contes, Shrek, un ogre vert au dehors mais rose en dedans, va délivrer une princesse pour le compte du Lord Farquaad.

Il est secondé malgré lui par un destrier aussi peureux qu’intarissablement bavard, habilement rendu par le design court sur pattes et le museau proéminent de la monture, enfin si on peut appeler monture un âne sur lequel on ne peut justement pas monter, résumant toute l’ironie du film et son dynamitage des contes de fée. Héroïque sauveur de la princesse enfermée dans un donjon et gardée par un dragon, Shrek n’a pas le physique de l’emploi, et malgré ses affinités évidentes avec la jolie princesse (notamment pour tout ce qui touche au crado et au politiquement incorrect), l’ogre souffre de son déficit d’image… partagé à son insu par la belle frappée d’une malédiction, comme dans tout bon conte qui se respecte. Pour autant, tout dynamité qu’il soit, le conte se termine bien en conte de fée et l’amour triomphe dans un happy end plus conventionnel que l’on ne croit (en dehors de la liaison contre nature entre l’âne et la dragonne, le vert héros trouve une fiancée à son image, et non pas un top modèle de princesse). L’habilité du film est de jouer sur le modèle du conte de fée tout en le parodiant avec un humour féroce d’ogre et dans un décalage avec la source féerique, notamment grâce à une culture référentielle cinématographique (Matrix, West Side Story, etc.) et une relecture des classiques de cette littérature enfantine.

Le comique classique du couple mal assorti entre l’âne et l’ogre marche aussi remarquablement bien du fait des irrésistibles saillies verbales du bourricot doublé par Eddy Murphy (et sa voix française Med Hondo), et de leur incompatibilité de caractère qui débouche néanmoins sur une jolie parabole sur l’amitié. Amitié, amour, aventures, humour, la recette magique fonctionne à merveille, d’autant que la réalisation de Andrew Adamson et Vicky Jenson est formidablement inventive et servie par une image de synthèse parfaite. Avec Shrek, DreamWorks remporte le tout premier (et son seul) Oscar du Meilleur Film d’Animation, tout nouvellement créé en 2001.

SHREK 2 TRES CLASSE

Trois ans après, on prend les mêmes et on recommence. Shrek 2 casse la baraque et établit un nouveau record de recettes pour un film d’animation avec 440 millions de dollars de recette en se classant troisième plus gros succès de tous les temps aux USA.

L’ogre vert accompagné de sa princesse ogresse convolent en justes noces dans la belle-famille de Shrek, au royaume de Far Far Away. Mais les parents de la princesse verte ne se doutent pas qu’elle a épousé un ogre et sa condition avec. L’acceptation de la différence passe ce coup-ci par la famille, et au détour d’un prince recalé et revanchard et d’une marraine bonne fée n’hésitant pas à utiliser ses potions magiques pour rétablir la norme dans ce conte de fée qui a dérapé, Shrek revient sur ses doutes intérieurs en aspirant à une normalité physique pour être digne de l’amour de sa belle. Si l’histoire se répète quelque peu par rapport au premier épisode, elle en est en fait le reflet inversé, ne faisant advenir le baiser entre Fiona et Charmant que pour mieux assumer le droit à la différence en faisant choisir la princesse entre une peau rose et une peau verte. Le non-choix du premier épisode quant à sa condition d’ogresse est ainsi rendu caduque et le message est alors affirmé avec force, ôtant tout doute sur l’amour de Fiona pour Shrek. Shrek 2 s’appuie aussi sur les mêmes ressources parodiques et comiques, et la réalisation de Andrew Adamson (avec cette fois-ci Kelly Asbury et Conrad Vernon) est toujours aussi inventive et efficace à mettre en valeur les multiples gags qui émaillent le film.

Si l’on retrouve les mêmes personnages principaux ou secondaires à différents degrés, parfois dans une relecture comme avec le petit despote Lord Farquaad remplacé par le bellâtre Charmant, Shrek 2 parvient aussi à se renouveler avec l’apport de personnages nouveaux, dont le roi et la reine, la marraine et surtout le délicieux Chat Potté. D’abord chargé d’éliminer l’affreux tout vert, le malicieux chat au regard désarmant vient prêter patte forte au duo à l’allure de mauvais casting, transformé pour le coup en preux chevalier et en noble destrier.

L’amitié entre Shrek et l’âne vient alors aussi à se renouveler, que ce soit à cause de la place prise par Fiona ou par l’arrivée de ce nouveau compagnon qui fait naître des sentiments de jalousie, mais qui diminue aussi du coup fatalement l’impact de l’âne sur l’histoire dans la seconde partie du film. Techniquement aussi réussi que le premier, Shrek 2 parvient à continuer sur la lancée de Shrek, tout en le complétant et le renouvelant. Costaud l’ogre vert !

GANG DE REQUINS PAS TRES CLASSE

Près d’un an après la sortie du Nemo de Pixar, DreamWorks plonge en 2004 dans les profondeurs de l’océan avec son Gang de requins. Malheureusement, DreamWorks a plus d’une écaille de retard et le « nouveau » film du studio n’arrive pas à la nageoire du poisson clown recherché par son père, véritable raz de marée public et critique (Oscar 2003 du Meilleur Film d’Animation).

Dans Gang de requins, un petit poisson des quartiers modestes, Oscar, rêve d’appartenir à la haute société de la cité marine, et à la suite d’un quiproquo, se fait passer pour un tueur de requins, redoutables prédateurs des gentils poissons urbains. C’est justement ce régime à base de poissons qui rebute le fils du parrain des requins, Lenny, lequel s’associe au faux héros pour échapper aux pressions de son père et l’aider à conforter son mensonge et sa gloire. Reprenant le modèle parodique des autres productions du studio, Gang de requins se noie dans les mêmes travers que Fourmiz en plaquant les codes et les figures du film de mafia (Robert De Niro, Martin Scorsese, etc.), de façon trop artificielle et littérale pour être vraiment convaincant. D’autant que les thématiques de l’histoire se révèlent en définitive très convenues dans leur développement, de la volonté d’ascension sociale à la relation père/fils sur les choix de vie du rejeton, et se concluent dans un happy end très moral.

Calquant la cité humaine sans imagination, Gang de requins se fourvoie aussi dans son exploitation d’une culture « djeun’s », ambiance hip-hop à la clé, qui semble plus destinée à faire plaisir à la voix américaine du poisson Oscar (Will Smith) qu’à montrer une cohérence thématique ou narrative (associer hip-hop et mafia, il fallait quand même oser !). Mauvais goût dans l’histoire, mais aussi mauvais goût dans le graphisme, allouant des têtes humaines à l’effigie des vedettes aux petits poissons d’une rare laideur (mention spéciale pour Oscar et Will Smith), tandis que Némo, dans un parti pris réaliste du meilleur aloi, magnifiait la splendeur des fonds marins.

Quelques bonnes séquences et quelques réussites (les voix américaines) évitent au film de sombrer dans les abysses mais Gang de requins se fait bouffer tout cru par le petit poisson clown.

MADAGASCAR PLUTÔT CLASSE

Injustement boudé, Madagascar, réalisé en 2005 par Eric Darnell et Tom Mc Grath, est plutôt réussi. Certes, l’histoire de ces animaux du zoo de New York qui retournent à la vie sauvage en retrouvant leurs instincts naturels et qui sauvent une colonie de lémuriens de dangereux prédateurs est assez légère, mais en dehors de ces thématiques pas très développées qui mettent quand même en scène l’opposition nature/culture de façon habile, le film regorge surtout de trouvailles humoristiques et graphiques qui font mouche. Drôle de bout en bout, Madagascar repose sur un humour déjanté mélangeant la parodie avec les clins d’œil cinématographiques (la marque de fabrique humoristique de DreamWorks), le cartoon façon Tex Avery avec déformation des corps et gags qui en découlent, et les répliques bien senties qui fusent grâce à l’identité bien définie des personnages et à l’excellent casting de voix. Les pingouins psychopathes sont absolument hilarants et volent presque la vedette aux protagonistes du film (à l’instar de l’écureuil Scrat dans L’Age de glace). La vraie bonne idée du film est d’avoir donné ce ton cartoonesque au film, à la fois dans la stylisation des personnages et dans l’humour burlesque qui en résulte.

Le graphisme des personnages permet ainsi de s’inspirer des caractéristiques physiques des animaux pour tenter des compositions de plan inédites et de jouer avec les formes, les couleurs, les premiers plans et les arrières plans, dans une réalisation qui fourmille d’idées. Techniquement, l’animation est aussi particulièrement réussie avec une jungle dotée d’une végétation luxuriante et d’une foule de lémuriens aux fourrures extravagantes, ou encore une variété de textures de poils pour les animaux, du mouillé à l’ébouriffé en passant par l’imperméable brillant, qui donne une idée de la qualité des détails. Les deux réalisateurs préparent la suite pour 2008.

NOS VOISINS LES HOMMES CLASSe

2006, année du renouveau chez DreamWorks qui abandonne un temps le parodique et le référentiel surligné pour un bon petit film d’animation. Pas de révolution en vue mais un divertissement de bonne qualité qui évite les fausses notes et se permet même quelques séquences très réussies.

Riton n’a qu’une semaine pour réunir une montagne de nourriture pour l’ours Ozzie dont il vient de piller et saccager les réserves. Pour ne pas finir en casse-croûte, le raton laveur embobine un groupe d’animaux de la forêt qui ont la mauvaise surprise de se réveiller des longs mois d’hibernation de l’autre côté d’une haie les séparant d’une nouvelle banlieue bourgeoise où foisonne la nourriture humaine. Egoïste plaçant ses intérêts au devant de toute autre considération, Riton est dénué de tout scrupule pour arriver à ses fins mais grâce aux animaux de la forêt, il va découvrir la valeur de l’amitié.

Tiré d’une BD satirique d’un journal américain sur les mœurs des humains, Nos voisins les hommes garde une veine assez critique sur la société de consommation, l’écologie, l’individualisme forcené ou encore la bourgeoisie. S’il se nourrit encore de quelques références ici ou là (de Molière à 2001, l’odyssée de l’espace), celles-ci sont néanmoins beaucoup plus fines et l’humour présent dans le film repose pour une fois plus sur le visuel et les situations que sur les dialogues. Ces qualités prennent notamment forme au cours de superbes séquences d’action lors de courses-poursuites rythmées, inventives et drôles.

Très inspirée, la réalisation fait aussi preuve d’une belle originalité dans des séquences comme le goût immodéré des hommes pour la nourriture ou l’hyper-activité de l’écureuil vue de l’autre bout de la lorgnette. Graphiquement très réussi, le design des personnages et le rendu de l’animation sont irréprochables, et l’on peut juste regretter une VF pas vraiment à la hauteur de la VO.

SOURIS CITY ASSEZ CLASSE

Après deux collaborations avec le génial studio britannique Aardman, en 2000 (Chicken run) et en 2005 (Wallace & Gromit et le mystère du lapin-garou), Souris City marque le troisième et dernier film des deux partenaires récemment divorcés.

Inspiré de la charte graphique des génies de l’animation en pâte à modeler, Souris City est néanmoins entièrement réalisé en images de synthèse dans les studios de DreamWorks. Roddy Saint James, une souris des beaux quartiers de Londres qui vit dans une belle cage dorée, se fait chasser de sa vie luxueuse mais solitaire par un rat d’égout, et tombe dans les égouts de la ville. Il y rencontre Rita, une belle aventurière qui a volé le rubis du Crapaud, affreux batracien décidé à éradiquer tous les rats de Souris City. Découvrant la vie des égouts et l’aventure, Roddy va aider Rita à déjouer les plans du Crapaud et de ses acolytes, et trouver l’amour.

L’histoire assez convenue est surtout prétexte à une série d’aventures menées tambour battant par les deux souris sur un rythme trépidant et à grand renfort d’humour. L’image de synthèse se justifie alors ici pleinement et permet à la fois de présenter un Londres des bas-fonds des plus réussis et d’impressionnantes courses-poursuites virevoltant dans les conduits des eaux usagées des égouts. A ces morceaux de bravoure parfaitement maîtrisés s’ajoute de multiples gags burlesques, se jouant des codes de narration ou des us et coutumes français et anglais, comme en témoignent les atterrissages douloureux de Roddy, les hilarants concerts des limaces ou encore la composition parfaite du frenchy Ze Frog et de sa bande de batraciens karatékas.

Si le parti pris de faire parler les personnages comme s’ils étaient animés en pâte à modeler peut surprendre, le pari est toutefois réussi grâce au ton burlesque du film qui rappelle le meilleur des productions Aardman, et grâce à une animation d’une grande fluidité, tant pour les personnages que pour les scènes de poursuites. La beauté des décors et des couleurs de ce Londres numérique vient couronner le tout.

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