Biographie de l’acteur Colin Farrell

Publié par emma le septembre 22, 2018 | Maj le octobre 6, 2018

A la fois rugueux et touchant, insaisissable et bourrin, instinctif et animal, Colin Farrell est le paradoxe le plus singulier du cinéma US actuel.

En seulement quelques années, son ascension a été spectaculaire. Dans Miami Vice, le thriller crépusculaire adapté de la série éponyme par son concepteur Michael Mann, il reprend le rôle de Don Johnson et fait des étincelles. Portrait d’un acteur stupéfiant.

Tous de Colin Farell

Les journalistes aimeraient lui coller une étiquette (on le compare souvent à un Brad Pitt Irlandais ou même au meilleur import irlandais depuis la Guiness) mais on n’y arrive pas. On aimerait le caser dans un registre mais c’est impossible. On aimerait le critiquer mais c’est difficile. Colin Farrell n’est pas une star au sens Hollywoodien du mot. C’est un bloc entier qui jure, crache, cause de tout sans tabous, fréquente les meilleurs plateaux de cinéma, impose sa présence magnétique (la caméra donne souvent l’impression d’être amoureuse de lui) et se fiche de ce que l’on peut penser de lui. Le Carpe Diem tatoué sur son corps n’est pas là par hasard : il a très bien compris que la vie est dure comme courte et qu’il n’y a pas de temps à perdre. Dans la vie de tous les jours, voire en interview, il est comme ça : naturel, vif, indomptable. Et plutôt doué dans ses choix artistiques comme en atteste son CV.

L’imprévisible Colin Farrell ne cesse de surprendre au gré de ses prestations filmiques dans des œuvres aussi dissemblables qu’Alexandre d’Oliver Stone et Le Nouveau monde, de Terrence Malick. Pourtant, il est loin de faire l’unanimité. Ses mots, tranchants, sont pourvus d’une lucidité et d’une honnêteté qui renforcent la séduction. Colin atteste : “tout ce que l’on dit sur Hollywood est vrai : hypocrisie, connerie, duperie… ce n’est pas le genre d’endroit que je fréquente. Là-bas, si tu n’es pas un acteur qui rapporte de l’argent, tu n’existes pas.” Loin de soigner, voire de policer son image, l’acteur a des plaisirs aussi simples que ceux de Bacchus : faire la fête, fumer des Malboro Light ou des joints, boire de la bière, regarder des tas de dvd et surtout être en présence de femmes.

Colin Farrell, le Bad Boy Buddy par excellence

Dernier d’une famille de quatre enfants, Colin naît prématuremment en 76 (même pas un kilo à sa naissance) et découvre très vite le cinéma en compagnie de sa sœur cadette qui elle aussi se régale de bobines. Jeunot, il admire Al Pacino et Marylin Monroe – il a même longtemps pensé que l’icône glamour de l’Amérique Kennedyiste redescendrait du ciel ! – et il n’est pas impossible que ce premier l’ait inspiré pour performer son personnage dans Miami Vice, que d’aucuns voient déjà comme le nouveau Scarface. Selon la tradition familiale, il sera footballeur (son père et son oncle ont été deux grands footballeurs professionnels) mais toujours pas remis de Certains l’aiment chaud, l’un des films qu’il aime le plus au monde, Colin décide au grand dam de sa famille d’embrasser la carrière de comédien. Rien n’est facile : le personnage est insomniaque, bagarreur, déconneur, ne prend rien au sérieux, fume et boit exagérément (il consomme toute sorte de substances), sort avec des potes dans diverses boîtes et surtout rejette la notion d’autorité, de conformisme, de règles. Bref, tout ce qui ressemble aux sinistres contingences de l’existence. Pour lui, la conception de la vie est hédoniste. Point barre.

Mais, sous l’apparence du joyeux luron, se cache une âme triste, celle d’un bonhomme qui multiplie les conneries pour masquer un profond mal-être affectif. Il ne s’est toujours pas remis de sa séparation brutale avec la première fille qu’il a aimée à 16 ans (ses parents l’ont placé en internat et il ne l’a plus jamais revue). L’acteur se remémore: “A mes 17 ans j’ai traversé une période de grave dépression. J’ai fini sur le divan d’un psy qui m’a fait noter tout ce que je prenais en une semaine. Trop d alcool et de drogue pour ma santé. J’ai divisé les doses par deux.” Progressivement, il tâte les pistes, passe notamment un casting pour faire partie du boys’band Boyzone (mais il a été refusé parce qu’il faisait “trop d’ombre à ses concurrents”), se casse en Australie, revient en Irlande, exécute des petits boulots sans lendemain, se fourvoie dans un groupe de danseurs country et remise très vite au placard le chapeau de cow-boy et les santiags. Finalement, c’est sa sœur Catherine et sa passion du cinéma qui le sauveront de son marasme. C’est le seul moyen pour lui de changer l’image – néfaste – qu’il a de lui-même. En 1996, il intègre une école d’art dramatique à Dublin où sa soeurette étudie déjà. Grâce à ce tremplin, il tourne dans deux séries diffusées sur la BBC, mais arrête illico dès qu’il se trouve confronté à une autorité. D’où vient ce problème avec l’autorité ? Colin affirme : “Je suis juste un vrai garçon Irlandais de coeur. Je suis juste moi-même et je traite les gens de la façon dont je pense qu’ils doivent être traités, indépendamment de leur statut. Et j’ai juste un rire.” Electron libre et bad boy, Colin se cherche une place comme une reconnaissance. Un besoin d’affection qu’il noiera dans l’insolence : “Regarde, voici la vérité à propos des acteurs : nous sommes tous désespérés d’être aimés. Quelque soit le rôle dans lequel nous jouons, nous cherchons tous de l’amour et de l’approbation dedans.”

Alors qu’il incarne un adolescent autiste dans une pièce de théâtre, Colin est repéré par Kevin Spacey qui l’embarque sur le tournage de Ordinary Decent Criminal, babiole pas antipathique mais qui souffre terriblement de la comparaison avec l’excellent Général de John Boorman qui évoquait le même sujet, sorti seulement un an plus tôt. On l’aperçoit dans le superbe The War Zone de Tim Roth, drame oppressant et inquiétant à l’atmosphère doucereuse avec son cortège de non-dits assassins, où un secret inavouable emmène toute une famille dans un gouffre vertigineux dont personne ne se remet. Si ce n’était ce dernier plan lumineux, pour sûr, on succomberait sans peine à la neurasthénie. Mais c’est Joel Schumacher, son mentor, qui le révèle aux Etats-Unis avec Tigerland, film de guerre sur les hommes qui la font, qui adopte le mode vériste. Schumacher filme les formes de Colin avec fascination et s’intéresse à la féminité des hommes, à la sensibilité nue dissimulée sous ces carapaces de soldats de plomb. En seulement un film, Farrell devient rapido une icône auprès du public féminin mais également des gays. Cette fascination n’a sensiblement pas décrû à en lire certaines déclarations enflammées que l’on peut trouver sur le net. Au moins, il a trouvé son crédo. Mais est-ce que cela ne dessert pas finalement l’acteur dont les choix artistiques sont plus viscéraux qu’artificiels ?

L’après-Tigerland : la route est pavée de bonnes intentions

Sa prestation (remarquée) dans Tigerland lui permet de voler la vedette à Bruce Willis dans l’intéressant Mission Evasion, de Gregory Hoblit ; et de figurer aux côtés de Tom Cruise dans Minority Report, film de SF formellement immense et secrètement subversif (Spielberg renonce à l’idée de perfection et la conception d’une société ricaine parfaite) qui arrache les mirettes au propre comme au figuré. Dans le film susmentionné, l’acteur met subtilement en valeur un personnage secondaire passionnant. Alternant gros blocs et productions intimistes, Farrell slalome et en profite pour révéler une étonnante palette émotionnelle lui permettant d’exprimer n’importe quelle situation : “Dans la vie comme au cinéma, je n’aime pas emprunter une seule route. Je préfère mélanger les styles et les genres pour toujours me renouveler. Je veux toujours explorer de nouvelles directions. Pour donner des émotions, ce sera plutôt dans des films indépendants, mais je prends aussi beaucoup de plaisir à divertir les gens dans des blockbusters. Je ne veux pas arriver à un point de ma carrière où je devrais réfléchir à la protéger, à faire des choix guidés par la peur. Cela fait dix ans que je suis dans le cinéma et pour l’instant, j’ai la chance de ne pas encore avoir eu cette pression sur les épaules.”

Le flop du film Daredevil

Farrell enchaîne avec La Recrue, de Roger Donaldson, qui lui offre surtout l’occasion de jouer avec son idole Al Pacino, mais hélas, cette plongée dans le monde interlope de la CIA rivalise de rebondissements convenus, reste à la surface distractive de son sujet et ne possède guère l’intensité du duo. Nonobstant, avec le recul, le film est intéressant en ce qu’il représente pour les deux acteurs : on peut le voir comme un passage de relais. A partir de cet instant, Pacino n’enchaînera les fictions que pour payer ses factures et Farrell prendra une envergure indiscutable. La roue tourne. Après l’impossible Daredevil, adaptation de comics dans laquelle, crâne rasé, il semble tout seul à s’amuser comme un fou en se contrefoutant ouvertement de son Bullseye lourdement archétypal, Farrell retourne voir son papa fictionnel : Joel Schumacher en acceptant Phone Game, qui échafaudé sur un script de l’excellent Larry Cohen, n’en reste pas moins un exercice de style aussi léger que volatile qui maintient l’équilibre de son argument précaire. Colin est un attaché de presse qu’un psychopathe cherche à abattre dans une cabine téléphonique parce qu’il est arrogant et pécheur. Un opus lourdement moralisateur mais qui possède une efficacité certaine. Certains malintentionnés ont même vu une extension de Schumacher dans le rôle du tireur incarné par Kiefer Sutherland, façon comme une autre de chercher des noises à un réal que l’on aime tant détester.

Si d’un point de vue professionnel, tout roule sur l’or, sentimentalement, ce n’est pas la joie : il épouse une actrice, Amelia Warner en 2001 puis divorce quatre mois plus tard, et fait un enfant à Kim Bordenave, une mannequin Canadienne, avec laquelle il ne restera pas longtemps. Colin continue les histoires d’un soir pour refuser l’attachement et privilégier l’instabilité : “Oui, je le reconnais, j’ai toujours été extrêmement égoïste dans la recherche de mon bonheur. Chaque plaisir interdit ou pas vaut la peine d’être vécu.” On lui prête un nombre incalculable de liaisons, histoire de continuer à stimuler tous les publics. Après un cameo sympa dans Veronica Guerin, drame émouvant de tonton Schumi sur une journaliste Irlandaise assassinée et vaillamment portée par Cate Blanchett et surtout après le très décérébré et bourrin SWAT, de Clark Johnson, il tourne ce qui aurait pu être le rôle de sa vie : Alexandre, d’Oliver Stone.

Et attention, sujet à controverses (il faut relire les avis à chaud de l’époque dans nos colonnes) : on aime ou on déteste, sans savoir. Comment juger ce film faussement robuste et en réalité truffé de pathologies ? Comment ne pas voir la plus belle des rencontres ratées : celle de Stone & Farrell mais aussi de Stone avec son sujet ? En réalité, le film donne l’impression d’avoir été anéanti par la torpeur, tué par la pression qui s’agitait autour de lui avant sa sortie. Beaucoup de tabloïds ont été sensiblement excités par les confrontations de stars (Angelina Jolie et Colin Farrell qui incarnent respectivement la mère et le fils) mais surtout par la sexualité ambiguë du bellâtre. Stone est accablé parce qu’il sait que les critiques l’attendent au tournant. Seulement, Colin Farrell était l’acteur adéquat, celui qui a su conférer la fièvre et la puissance requises, celui dont la musculature va si mal avec sa psychologie tordue. Selon Stone, “Colin était un choix évident et j’avais pensé à lui bien avant qu’il devienne célèbre. Il possède l’esprit d’un rebelle, l’assurance d’un combattant. Comme Alexandre. Et c’est un acteur incroyablement doué. Il fallait trouver un jeune dieu. Un acteur intense, capable de séduire quiconque croise son regard… Et Colin exulte ce genre d’énergie”. Il poursuit : “Je me souviens de la dernière image de Colin : debout avec ses béquilles car il s’était blessé, le visage, le corps et la cuirasse ruisselants de sang, son merveilleux sourire et son regard fou d’Irlandais. On avait réussi, on avait tenu notre pari”. Belle image. Hélas, le résultat possède des faiblesses assassines, des audaces si gonflées qu’elles finissent par tomber à plat, des dialogues logorrhéiques qui assomment et épuisent les résistances du spectateur et des décors kitschissimes qui font passer Tinto Brass et son Caligula pour un parangon du bon goût. Triste expérience mais attachante que l’on a le droit de défendre courageusement, comme on aime croire en des causes perdues d’avance.

Victime de son image de fantasme, la sexualité de l’acteur est de plus en plus mise au grand jour : on parle de la taille de son sexe pour réduire A home at the end of the world adaptation sensible d’un roman de Michael Cunningham, qui vaut mieux que ça et, plus récemment, d’un film amateur porno d’une dizaine de minutes mettant en scène ses ébats avec une playmate qui n’a pas hésité à faire circuler la vidéo. Ces deux nouvelles affligent : c’est certainement ici que se posent les limites de la fascination, le fantasme devient alors un objet exploitable à l’envie (ça se résume à du voyeurisme malsain).

Passons, et parlons pour le coup du film le plus immense de la carrière de Colin, le plus osé et le plus casse-gueule (on est soit en extase, soit plongé dans un ennui mortel) : Le nouveau monde, de Terrence Malick, chef-d’œuvre de grâce et de sensibilité qui aux antipodes d’un certain académisme fait du bien. Ici, l’acteur impose son physique animal et se révèle infiniment plus magnétique que dans Alexandre d’Oliver Stone où, à l’image du film, il louvoyait entre bouffonnerie et pompiérisme. Le Nouveau monde apporte la confirmation que nous sommes face à un acteur hors pair qui n’a pas peur de ses choix.

Ce chef-d’œuvre en perdition sonde des âmes qui se meurent et constitue une véritable béance à l’imagination. Alors qu’avec un tel sujet (l’histoire de John Smith est battue (et rebattue) d’avance), il aurait été facile de verser dans le purin larmoyant et la grandiloquence pataude, il n’en est rien. Malick vide les effets narratifs de tout pathos et filme la plus simple et la plus compliquée des histoires d’amour avec son style usuel, à la fois assuré et majestueux. Les cinq dernières minutes du film, enivrantes, n’en finissent plus de résonner dans l’esprit du spectateur. Longtemps. Jusqu’à pénétrer dans ses rêves les plus inconscients. Pas de doute, il faut à tout prix accepter ce vertige de l’amour et s’abandonner soi-même dans les délices contemplatifs de cet élixir orgasmique. Sans conteste l’un des meilleurs – et peut-être, confessons-le, le meilleur – de l’année. Prochains projets de Colin ? Après avoir été remplacé par Heath Ledger dans le prochain Todd Haynes (et pourtant la combinaison Haynes-Farrell avait de la gueule), on le retrouvera avec Ewan McGregor sous la houlette du vétéran Woody Allen, lorsque ce dernier plantera ses caméras à Londres, pour y réaliser une comédie romantique aux accents de thriller hitchcockien et dans Borgia, le prochain long métrage de Neil Jordan avec Scarlett Johansson. Mais pour l’heure, on peut le retrouver dans Miami Vice, film événementiel de Michael Mann dont le tournage, paraît-il douloureux pour le réalisateur et les deux stars (problème d’émulation, overdoses répétées de Colin dans ses sphères auto-destructo…), a pourtant donné un thriller spectaculaire et terrassant. Et dans lequel, inutile de le souligner une nouvelle fois, Colin impressionne férocement. Vous savez ce que vous devez faire le 16 août prochain.

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