| La rencontre - 17/20 | | |
| Cette rencontre avec lui |
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La rencontre est le premier film "journal intime" réalisé par Alain Cavalier, qui depuis 17 ans filme sa vie et ses pensées comme d'autres rédigent leur journal avant de se coucher. Tout le monde connaît Le filmeur, Irène est le dernier film sorti, mais La rencontre, réalisé en 1996, longtemps avant la vogue du cinéma numérique à la portée de tous, personne ne l'a vu. Et il reste encore difficile de le voir.
C'est mon premier film d'Alain Cavalier.
Le film est d'une simplicité effrayante : au camescope on filme des objets, des bouts de paysages, des fragments de peau, de corps, des morceaux de photos, de peintures. Film myope, cloisonné au gros plan, avec des échappées toujours floues en plan moyen - de large, d'ensemble, vous n'en verrez point. Cavalier et sa compagne de l'époque commentent en direct les images. Ces commentaires sont parfois liés aux images de façon évidente, parfois non.
Le fond d'un film aussi simple, parfois ennuyeux et toujours fascinant, est double : d'un côté, montrer à quel point le cinéma peut élever l'objet au niveau du grandiose, lui donner une puissance inédite. On le sait depuis Bresson, et pourtant chez Robert Bresson je ne sens pas un lien aussi fort entre la vie et les objets. Là où chez le réalisateur de Pickpocket l'objet perd toute chance d'incarnation en accédant à une puissance mythologique, chez Cavalier l'objet devient récepteur et réceptable de ce qui l'entoure : il capte les souvenirs, les affects, et les diffuse dans sa forme et sa disposition dans le cadre.
Il faut voir cette aspirine se dissoudre en gros plan, à la fin du film. Les bulles gigantesques qui la soulèvent, la lumière effroyable qui s'en dégage : une vision de l'enfer presque, filmée avec le matériel amateur, l'image la plus dégueulasse, qui en rien ne magnifie les choses de la vie comme le ferait une caméra pellicule. Cette vision infernale rehausse le commentaire de Cavalier à ce moment-là, qui explique que sa compagne hésite à continuer le film.
Cette question de la technique est à relever : on part avec un handicap énorme (ce qu'on va filmer avec le camescope vidéo de 1996 sera toujours infiment plus laid que la même chose filmée avec la pellicule ou avec une caméra numérique de 2009) et on essaye d'aller jusqu'au bout des détails pour en extraire tout de même la beauté. Sans lumière artificielle, sans qualité de l'image, qu'est-ce qu'il reste ? La composition du cadre, le montage - et c'est déjà beaucoup.
L'incarnation d'un oiseau vivant ou mort, le travelling né de la rotation d'une fenêtre, la recherche en direct d'une composition rigoureuse pour transcender la laideur visuelle (je pense à la chambre d'hôtel, qui d'après Cavalier est "plus belle à mes yeux que ce bout de vitrail bleu que la caméra n'arrive pas à enregistrer") : on est loin de Wong-Kar Wai mais le cinéma, lui, est toujours là.
Des objets fantastiques, certes, mais au service de quoi ? de l'art pour l'art ?
Au service du but le plus noble qui soit, le plus inusité au cinéma (et même en art), car le plus ardu à atteindre : dépeindre l'amour.
Non la passion - on la voit partout- celle qui se manifeste en larges plages colorées, en cris et en étreintes. La douleur de l'amour non partagé : non plus, ni l'indifférence, ni la jalousie, la haine.
Simplement l'amour profond, tendre, intime, celui qui lie véritablement un couple. Celui qui est toujours mièvre au cinéma. Rarement on a vu en art un moyen aussi fort pour décrire la construction complexe d'un couple tendre : Cavalier semble comprendre que l'amour profond ne passe pas par des paroles, des discours, des déclarations (le tendre n'en produit pas), mais par des petits riens, des petites choses mises bout à bout. Ces objets fétiches, ces grigris qui lentement mais sûrement fabriquent des liens intangibles mais infrangibles.
Cavalier propose de partager cette construction lente et douce du couple. Son couple à lui on ne le rencontre qu'indirectement, par ricochet, on n'en comprend pas grand-chose mais on sait qu'il se construit brique à brique sous nos yeux. Car sous nos yeux il n'y a justement que ces "briques", ces objets évoqués plus haut, forgées et cimentées en direct. Le couple de Cavalier, dont finalement on ne sait rien de précis, il se fonde comme tout couple sur le partage progressif des souvenirs. On réalise avec émotion que le début de l'amour, c'est quand les souvenirs de l'un deviennent le passé de l'autre, s'interpénètrent pour devenir une mémoire commune, seule à même de préparer un avenir commun.KaherK |
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| Commentaire(s) sur la critique | | |
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| La rencontre | | |
 | Realisateur : Alain Cavalier |
Acteurs : Alain Cavalier Françoise Widhoff Florence Malraux |
Durée : 1 heure, 15 minutes |
Date de sortie : 02/10/96 |
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| Informations sur la critique | | |
| Ecrite le : | 27/10/2009 |
| Nombre de lectures : | 482 |
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