Le ruban blanc - 16/20  
Opaques racines du mal
  
Au fort retentissement secondaire, le dernier film du réalisateur autrichien s'apparente à du bon vin : aux antipodes d'une culture de l'immédiateté, Le ruban blanc (Palme d'or 2009), chemine lentement avant de nous imposer sa trace opaque et persistante. Plusieurs événements troublent la quiétude d'une communauté rurale de l'Allemagne protestante : qui est coupable ? Pourquoi ? Survolant quatre années (1913-1917) de la vie de cette communauté, le film ne livre aucune réponse toute faite. Au spectateur, frustré, de s'interroger sur les racines diffuses du mal... Une mise à contribution rappelant celle proposée par Elephant (Gus Van Sant, 2003). L'épineuse question devrait susciter des commentaires aussi variés et contradictoires que ceux ayant suivis la sortie du film du réalisateur américain, également palmé.

Une voix, celle du narrateur, survole l'ensemble des événements. Avec le spectateur, elle est seule à savoir jusqu'où porte l'ombre des événements de 1913. Le narrateur, c'est l'instituteur du village, symbole supposé de savoir et de tempérance, et pour tout dire de civilisation. A travers le témoignage du narrateur donc, puis son enquête tronquée, Haneke incite le spectateur à s'interroger : hier, qui était accusé ? Aujourd'hui qui est accusé ? Pourquoi ce film en 2009 ? L'intrigue prend place en « Allemagne protestante du Nord ». En apparence, peu de similitudes avec l'Allemagne contemporaine dans laquelle régnerait une certaine « culture de la dissension » (pays où conflit et désaccord ne sont pas perçus comme une menace pour la communauté). Non, il s'agit la d'un autre nord allemand, longtemps tabou : la Prusse. Alors que le folklore prussien sort peu à peu de son purgatoire, Haneke s'insurge contre cette nostalgie en nous rappelant la réalité de son quotidien (rigidité des rapports, patriarcat dominant, humiliation des petits...) et le terreau qu'il a fourni à la montée du fascisme allemand, le nazisme.

Le film ne lâche pas le mot. Rejetant la facilité et les effets manipulateurs, il s'adresse au spectateur -et à son intelligence- avec un rare respect. C'est une des grandes qualités du film. Tout comme au manichéisme, le film renonce à une image contrastée, adoptant au contraire un magnifique noir et blanc composé presque exclusivement de gris. C'est en ce sens que le film, planté en 1913, est très contemporain : aujourd'hui plus qu'hier, le développement de nos sociétés et de son système économique font que les responsabilités sont diffuses, partagées. D'où le sentiment de culpabilité -même à caractère homéopathique- omniprésent en Occident (et ailleurs ?). Mais encore ? Pourquoi ce film en 2009 ? Le caractère opaque du film empêche de conclure avec certitude. Reste qu'il s'inscrit parfaitement dans la principale thématique parcourant les sélections cannoises 2009 : filmer le désastre. Plus précisément, avec Le ruban blanc, Michael Haneke filme avant le désastre, ses prémices, les chemins qui y mènent : une société incapable d'écoute et de compréhension de l'autre. Un chemin, qui somme toute, ne nous est guère étranger...

oppilarque


  
Commentaire(s) sur la critique  
Labyrinthe - 25/10/09 - 12:25
Oppi, Elephant de Gus van Sant a COPIE 71 Fragments d'une chronologie du hasard de Haneke (1995, non-palmé ....) c?est prèsque les mêmes films !
KaherK - 01/11/09 - 19:51
Laby... tu es de retour ?????
adriano - 03/11/09 - 02:17
Excellente critique oppilarque, très claire, facile et agréable à lire. Premier texte que je lis sur le film qui me donne envie de le voir...
Le ruban blanc  
Titre original : 
Das weisse band
Realisateur : 
Michael Haneke
Acteurs : 
Susanne Lothar
Ulrich Tukur
Josef Bierbichler
Durée : 
2 heures, 24 minutes
Date de sortie : 
21/10/09
Critiques  
Oppilarque - 16 - Opaques racines...
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Le ruban blancRogerDede
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oppilarque  
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Moyenne des notes : 13.1
Meilleure note : Sonatine
Pire note : American Pie
Dernière critique : Le ruban blanc
Informations sur la critique  
Ecrite le : 18/07/2009
Nombre de lectures : 1106
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